Les Rendez-vous de l’Histoire « Aucun de nous ne reviendra » : écritures de l’impossible retour

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La prochaine édition des « Rendez vous de l’histoire » de Blois se déroulera du 6 au 9 octobre 2016 sur le thème du « Partir ». Notre association y partagera un espace d’exposition et de rencontres avec les autres amicales de camp. Elle participera également à une table ronde, le 9 octobre, de 9h30 à 11h, amphi 1, site de la chocolaterie de l’Université, autour des « Ecritures de l’impossible retour » et des œuvres de Jean Cayrol, Jorge Semprun et Charlotte Delbo, tous trois anciens déportés. Animée par Olivier Lalieu et Daniel Simon, cette table ronde accueillera : Jean-François Fayard, docteur en histoire (EHESS), Corinne Benestroff, docteure en histoire, auteure de L’Écriture ou la vie, une écriture résiliente (littérature) tous deux membres du bureau de notre association, Paul Gradvohl, directeur du Centre de civilisation française de l’université de Varsovie, Peter Kuon, professeur à l’université de Salzbourg, directeur du Centre d’études romanes et Leila Simon, professeure agrégée de lettres, doctorante à l’université Paris III.
Signalons également la Table ronde sur le sujet du Concours national de la Résistance et de la Déportation 2016 proposée par l’Association des professeurs d’Histoire et Géographie et la Fondation pour la Mémoire de la Déportation le samedi 8 octobre de 14h à 15h30 salle capitulaire du Conseil départemental.
Les Rendez-vous de l’histoire, c’est aussi une gigantesque librairie éphémère où des centaines d’auteurs dédicacent leurs ouvrages. Gisèle Provost y présentera le livre qu’elle a consacré à son père, Pierre Provost, le « graveur » de Buchenwald, sur le stand des éditions Loubatières.

Dictionnaires biographiques de Buchenwald, Dora, Ellrich et autres kommandos

Un grand nombre de déportés de Buchenwald ont été transférés au camp de Dora puis vers des Kommandos de ce camp : tout au long de leur déportation ils ont conservé leur matricule de Buchenwald. Pour la première fois depuis la fin de la guerre, un dictionnaire biographique des déportés à Dora est en cours d’élaboration.
Riche à ce jour d’environ neuf mille entrées, à terme d’environ vingt mille, cet énorme travail (devant paraître en 2020) est initié par le Centre d’Histoire et de Mémoire du Nord-Pas-de-Calais, plus connu sous le nom de « La Coupole d’Helfaut », proche de Saint-Omer.
Un partenariat entre ce musée – ouvert en 1997 et à la création duquel notre association avait activement participé sous la conduite de Jean Cormont – et notre association va nous permettre de participer à l’élaboration de cet énorme projet piloté par le jeune historien Laurent Thiery. De nombreuses collaborations sont engagées et la Commission Dora-Ellrich a déposé au musée ses archives.
Ce dictionnaire biographique, enrichis par des témoins survivants, familles, amis, historiens, chercheurs… et le propre travail que mène notre association sur les déportés de Buchenwald et ses 139 Kommandos va améliorer les connaissances sur cette importante parcelle de l’univers concentrationnaire et les déportés de France qui lui furent asservis.
A titre d’exemple et afin de pouvoir enrichir ces biographies voilà ce dont nous avons besoin :
– Le nom du déporté, ses lieux et dates de naissance (et de mort si connue ).
– Son numéro de matricule.
– Le camp – Kommando – auquel il fut affecté.
– Son activité dans la Résistance et les survivants – ou famille de survivants – pouvant approfondir la connaissance de ses activités.
– Les personnes susceptibles, où les documents capables d’enrichir la biographie de la – ou des – personnes déportée(s).
Notre association dispose, évidemment, d’un riche fonds d’archives à disposition des chercheurs :
Par téléphone : Cecile Desseauve 01 43 62 62 04
Par courrier : 3/5 rue de Vincennes, 93100 Montreuil
Par mail : contact@buchenwald-dora.fr
Contactez-nous et nous entrerons immédiatement en contact avec vous.
Votre aide, pour la mémoire des déportés à Buchenwald et à Dora, dans la perspective de cette publication nous est précieuse !
J.-F. Fayard

Albert Girardet, Chevalier de la Légion d’honneur

Albert Girardet a été fait Chevalier de la Légion d’honneur le 12 juillet, à Morez, (Jura)

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Inlassable témoin de la résistance, de Buchenwald, de Dora, et d’une marche de la mort de 170 kilomètres qui le conduira à Bergen-Belsen où il sera libéré par les Britanniques, son parcours est celui qu’ont suivi des très nombreux jeunes de son âge –il est né en 1925.  Sa jeunesse a grandi dans des années d’espoir, de revendications et d’avancées sociales, mais aussi de crises et d’échecs face aux fascismes puis au nazisme. Elle s’est terminée  par les épreuves de l’arrestation, de la déportation et de la reconstruction d’une vie.
Dans le discours qui a accompagné cette remise, Agnès Triebel, vice présidente de l’Association française Buchenwald-Dora, a évoqué particulièrement la période de la déportation d’Albert Girardet, arrêté en avril 1944 et déporté à Buchenwald le 12 mai 1944.

“ Tu arrives à Buchenwald le 14 mai, au terme de deux jours et deux nuits effroyables de voyage : la chaleur, la promiscuité, une hygiène bientôt épouvantable dans le wagon, des tentatives d’évasion qui démultiplient la férocité des SS, la folie qui emporte certains, mais pardessus-tout la soif sont un supplice. Tu racontes que tu as dû boire ton urine tant la soif était insupportable et que tu mâchais une petite pièce de monnaie pour activer des glandes salivaires totalement asséchées. Je me souviens de Pierre Sudreau, racontant ce souvenir de solidarité qui a illuminé toute sa vie, lorsque ses trois camarades de déportation – qu’il appelait « ses trois André » – lui ont humecté les lèvres du peu de salive qui leur restait, et de Guy Ducoloné expliquant qu’à son arrivée à Buchenwald, ce même 14 mai, il s’est jeté la tête toute entière dans un tonneau rempli d’eau, dont il ne savait pas si elle était potable ou non, et a bu jusqu’à plus soif. Tu reçois ton matricule, le 51 557, ton frère le 51 585, à apprendre par cœur en allemand (einundfünfzigtausenfünfhundertsiebenundfünfzig) et à comprendre quelques soient les voix et des accents qui appellent le matricule. Une difficulté qui coûta bien des coups à ceux qui n’apprenaient pas assez vite cette langue, qui avait pourtant été celle de Goethe…

Après une période de quarantaine obligée au Petit Camp de Buchenwald où tu subiras quantités d’injections, vraisemblablement destinées à servir de tests pour l’armée allemande, tu es envoyé le 6 juin à Wieda, dans le Harz, cette région boisée et montagneuse qui ressemble à ton pays, (mais de loin, seulement de très loin)… car derrière ces massifs montagneux du Harz se cache la galaxie de Dora, ce kommando de Buchenwald qui n’existe que depuis neuf mois, depuis cette nuit fameuse nuit du 18 août 1943 où la Royal Air Force a bombardé les installations de fabrication des armes dites « les armes miracles » (Wunderwaffen) à Peenemünde.

Au même moment sont également bombardés les centres de production de fusées d’Eperlecques, dans le Nord de la France, ainsi que celui de Wiener Neustadt, en Autriche. Hitler décide de protéger ces usines d’armement dont la production sera désormais souterraine. Ainsi naitra Dora, dans les boyaux de la montagne du Kohnstein où sont évacués les stocks de carburants et d’anhydrite de l’IG Farben, pour devenir le lieu le plus secret de toute l’Allemagne nazie, l’endroit où seront fabriquées non plus les « armes miracles », mais les « armes de représailles » (les Vergeltungswaffen). Les détenus de Dora vont donc se trouver être, bien à leur insu, les « porteurs de secret », les Geheimnisträger, condamnés à ne pas devoir survivre au secret dont ils sont les détenteurs.

Wieda, où tu es envoyé, était un kommando chargé de la construction d’une voie ferrée, la Helmetalbahn c’est-à-dire la « Ligne de la vallée de la Helme », qui doit s’inscrire en parallèle d’une voie déjà existante, mais qu’il s’agissait de délester car entièrement destinée au transport de matériel militaire. Cette voie, longue de 22 km, devait traverser le Harz et constituer une nouvelle ligne rejoignant Herzberg et Nordhausen. Pour sa construction, les nazis font appel à des brigades mobiles de travaux publics composées de prisonniers des camps, les SS-Baubrigaden, chargées du déblaiement de bombardements et de construction de chantiers au profit de la victoire nazie. Wieda, créé le 15 mai 1944, chapote trois chantiers : Nuxei, Mackenrode et Osterhagen, trois localités où doit passer la fameuse voie ferrée.

Tu seras envoyé rejoindre la Baubrigade III de Osterhagen pour des opérations de défrichement et de déboisement de la future ligne ferroviaire. Ce camp, que connaitront également quelques semaines après toi Aimé Bonifas, Marcel Orset et Lucien Colonel (entre autres) est un camp disciplinaire, où la vie y est terrible. Le sol est très boueux, se transformant en champ de glaise dès qu’il pleut, l’approvisionnement en eau est minimal, l’hygiène épouvantable, le lieu infesté de poux -et de mouches en été- est sans courant électrique jusqu’à l’automne 44

Tu restes près de six semaines à Osterhagen et arrives, fin juillet 1944 à Dora-la mangeuse d’hommes dont tu dis, dans un tel oubli de toi-même : « J’ai eu la chance d’arriver dans un camp construit ». L’enfer est donc une réalité à plusieurs vitesses… Sans doute, tant il est vrai que la pire phase de Dora, celle du percement du tunnel pour créer l’usine souterraine, a duré d’août 1943 jusqu’en mars 44, s’effectuant dans des conditions dantesques au cœur des entrailles de la terre. Pas d’eau, le travail dans l’obscurité, un bruit effroyable, une poussière omniprésente et pénétrante, le bruit des explosions, des éboulements, les hurlements des SS, des Kapos et des Vorarbeiter, les aboiement des chiens, les châlits des dortoirs à même les lieux de travail fixés contre la roche qui suinte d’humidité, pas de latrines mais des tonneaux débordants d’immondices qui véhiculent la puanteur et des maladies. Des milliers d’hommes s’entassent dans le tunnel, les rations alimentaires sont infimes, la violence absolue. Les déportés crachent, toussent, respirent mal, sont malades et mourants, les cadavres s’amoncellent, remplacés par des hommes qui connaîtront le même sort.

Voilà ce qu’était Dora qui, le 28 octobre 1944, quitte le giron de Buchenwald pour devenir, avec sa constellation de kommandos dont ceux de Ellrich, Harzungen et Langenstein, le dernier complexe concentrationnaire autonome du système des camps, prenant le nom de KZ Mittelbau-Dora. (…)

Tu as fait partie de la Transportkolonne, ce kommando de travail de manœuvre, épuisant, qui consiste à transporter des charges excessivement lourdes de dépôts extérieurs vers l’intérieur de l’usine. Tu travailles dans le tunnel A, douze heures par jour ou par nuit, selon l’équipe à laquelle tu es affecté. La mort est omniprésente pour toutes les raisons évoquées plus haut, mais tu as frôlé la pendaison suite à un accident avec un propulseur qui a échappé à une manœuvre que tu effectuais et s’est écrasé plus bas, sur la chaîne d’assemblage. Avec quel humour, lorsque tu témoignes, tu parviens à raconter cet épisode dramatique et angoissant, où tu criais à tes camarades, à propos des SS qui éructaient de rage devant l’accident : « Mais qu’est ce qu’ils disent ? Qu’est ce qu’ils disent ? et eux de te répondre : Ils disent qu’ils vont nous faire pendre !!! »

Albert Girardet lors d'un voyage-pélerinage à Buchenwald
Albert Girardet lors d’un voyage-pélerinage à Buchenwald

Tu passeras sept mois, victime et témoin de la plus horrible barbarie, dans un univers où, malgré tout, la résistance s’est organisée. Tu en témoignes, parlant de celui qui portait le même prénom que toi et que tu as connu : Albert Kuntz, héros de la résistance antinazie, député communiste allemand arrêté en 1933, envoyé par la résistance de Buchenwald à Dora pour y structurer la résistance sur place, et qui connaîtra une fin atroce, en janvier 45.

Le 5 avril 1945, tu es évacué du camp vers celui de Bergen Belsen. D’un enfer l’autre… D’abord par voie ferroviaire, dans des wagons à ciel ouvert, sous les bombardements, puis à pied. Vous mettrez une semaine pour faire 170 kilomètres. Les SS, secondés de Kapos ou de Blockältester, presque tous des triangles verts, s’acharnent jusqu’au dernier moment contre les prisonniers qu’ils évacuent de Mittelbau-Dora, abattant sur place ou sur les routes les plus faibles. On connaît l’effroyable fin des détenus de la Boelcke Kaserne et des martyrs de la grange de Gardelegen.

Le 15 avril, tu es libéré par l’armée britannique au camp de Bergen Belsen dans un état de malnutrition et de dénutrition tels, que tu as failli succomber aux brusques agapes que vous remet l’armée de libération anglaise sous forme de boîtes de viande et de rations de pain trop abondantes. Tu seras soigné sur place pendant une semaine, puis transporté par camion de l’armée anglaise jusqu’à la frontière néerlandaise où, de là, tu seras transporté en avion à l’aéroport militaire de Bruxelles. Tu y passeras une semaine encore dans un hôpital de banlieue avant d’être transporté par wagon sanitaire à Paris, à l’hôtel Lutetia. Le 8 mai 1945, tu feras partie du défilé des rescapés de la déportation sur les Champs Elysées. Tu rentreras fin mai à Morez, où tu retrouveras celle dont tu parles toujours avec tant de respect et d’affection : ta maman. (…) »

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Vingt jeunes de onze pays vont étudier l’histoire de Buchenwald du 17 au 30 juillet 2016

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Photo : Katharina Brand, Sammlung Gedenkstätte Buchenwald

A l’invitation du Mémorial de Buchenwald, 20 adolescents et jeunes adultes d’Allemagne, Espagne, Italie, Pologne, Russie, Danemark, France, République tchèque, Grèce, Grande-Bretagne et Japon vont suivre un stage in situ sur l’histoire de Buchenwald et participer à des fouilles archéologiques. Leur stage est supervisé par Joachim König, et le service éducatif du Mémorial, et Indira Geisel.
Les fouilles archéologiques permettent de retrouver différents objets et notamment, cuillères ou gamelles qui parfois portent des traces personnalisées tels que les noms ou les numéros matricule de prisonniers. Sous la direction de Stefanie Masnick, conservateur du Mémorial de Buchenwald, ces objets sont nettoyés, restaurés et préservés. Ils peuvent permettre de reconstruire des données biographiques d’internés et de déportés de Buchenwald.
Les participants travailleront également à la sauvegarde du tracé de la voie ferrée qui reliait Weimar au camp.
Depuis 1990, le Mémorial de Buchenwald accueille régulièrement ce genre de stage avec l’aide de VJF, association allemande proche de Solidarités jeunesses en France et d’organismes équivalents dans le monde, prônant la compréhension internationale, la paix et l’environnement.

La disparition d’Elie Wiesel

Elie Wiesel est mort samedi 2 juillet à l’âge de 87 ans à New York. Déporté avec sa famille à Auschwitz, il est, mi-janvier 1945, évacué vers Buchenwald avec son père, sa mère et sa jeune sœur ayant été gazées. Ils sont placés au petit camp, block 56, où le père d’Elie Wiesel décède peu après son arrivée. Elie est alors transféré au block 66, celui des enfants et des jeunes, où il devient prisonnier politique. Il est libéré le 11 avril 1945 et évacué vers Paris.

Le 5 juin 2009, Elie Wiesel a accompagné la visite du camp de Buchenwald par le Président Obama, Mme Merkel, et Bertrand Herz, Président du Comité international Buchenwald Dora.

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Bertrand Herz, Angela Merkel, Barack Obama et Elie Wiesel le 5 juin 2009 à Buchenwald (Photo : Peter Hansen)

EN SAVOIR PLUS

Colloque « Jacques Lusseyran (1924-1971) entre cécité et lumière – Regards croisés »

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Le 28 juin 2016 à la Fondation Singer-Polignac

Le résistant Jacques Lusseyran, est interné à Compiègne en janvier 1944 puis déporté au K.L. Buchenwald le 20 janvier 1944. Après la période de quarantaine, il est affecté au bloc 57, dit des invalides. Grâce à ses connaissances linguistiques, il devient interprète. Sa personnalité, sa culture, sa jeunesse comme sa cécité marquent profondément les détenus. Il reste  à Buchenwald jusqu’au 11 avril 1945, quand le camp est libéré par l’armée américaine.

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Jacques Lusseyran (1924-1971), écrivain et essayiste aveugle, mais aussi figure méconnue de la Résistance intérieure française durant la Seconde Guerre mondiale, dont la vie et l’œuvre sont restées longtemps ignorées dans son propre pays – alors qu’il poursuivit une carrière de professeur de littérature dans plusieurs grandes universités américaines – suscite un intérêt grandissant dans la recherche française et internationale, tandis que l’ouvrage de Jérôme Garcin : Le Voyant, publié en janvier 2015 par les éditions Gallimard, l’a fait connaître d’un très large public.

Ce colloque pluridisciplinaire proposera une vaste exploration de la vision intérieure paradoxale de cet auteur aveugle qui, ayant perdu la vue lors d’une bousculade à l’école à l’âge de huit ans, construit sa vie et son œuvre autour de la lumière et des couleurs dont il affirme garder la perception et qu’il magnifie par l’écriture. Les différentes approches historique, littéraire, philosophique (avec entre autres la question de l’anthroposophie), mais également scientifique (neuro-ophtalmologie), permettront de rappeler la place que Jacques Lusseyran occupa au sein de la Résistance intérieure française et l’attitude qu’il adopta face à la réalité tragique des camps de concentration, avant d’interroger les catégories essentielles de son écriture, telles que la synesthésie, qui concourt de manière exemplaire à l’élaboration d’un monde intérieur poétique et empreint d’une richesse contrastant avec les représentations classiques de l’absence de vue comme privation et déficience. Afin de mieux en saisir l’essence et la portée, ce colloque s’attachera à situer le discours et l’écriture de la cécité de Jacques Lusseyran parmi d’autres discours d’auteurs aveugles, parmi lesquels des écrivains contemporains, qui apporteront leur point de vue critique.

Ce colloque est organisé sous forme d’un partenariat avec le Centre de Recherche en Littérature Comparée de l’université Paris-Sorbonne, dirigée par Mme la Professeure Véronique Gély et avec le soutien de l’IHRIM (Institut d’Histoire des Représentations et des Idées dans les Modernités) de l’ENS de Lyon, dirigé par M. le Professeur Olivier Bara et du Labex Comod (Constitution de la modernité), dirigé par M. le Professeur Pierre-François Moreau, du GIAA (Groupement des intellectuels Aveugles et Amblyopes) et de l’Institut de la Vision.

 Comité d’organisation

  • Marion Chottin, chargée de recherche au CNRS, Institut d’Histoire des Représentations et des Idées dans les Modernités, ENS de Lyon
  • Céline Roussel, doctorante, Centre de Recherche en Littérature Comparée, université Paris-Sorbonne
  • Rebecca Scales, Assistant professor of History, Department of History, Rochester Institute of Technology (État de New York)
  • Hannah Thompson, Reader in French, Royal Holloway, University of London
  • Zina Weygand, docteur en histoire, université Paris I Panthéon-Sorbonne

 Comité scientifique

  • Pierre Brunel, Professeur émérite de littérature comparée de l’université Paris-Sorbonne, membre de l’Académie des Sciences Morales et Politiques
  • Pierre-François Moreau, Professeur des Universités, ENS de Lyon, directeur du Labex Comod (Constitution de la modernité)
  • José-Alain Sahel, Professeur des Universités, Paris VI Sorbonne Universités (UPMC), Directeur de l’Institut de la Vision (Inserm, UPMC, CNRS), membre de l’Académie des sciences, Institut de France
  • Jacques Semelin, Historien et politiste, Directeur de recherche au CNRS (CERI-SciencesPo), et professeur à l’Institut d’Études Politiques de Paris. Président et fondateur de l’encyclopédie en ligne des violences de masse (massviolence.org)
  • Henri-Jacques Stiker, Directeur de recherche au Laboratoire Identités, Cultures, Territoires, université Paris Diderot-Paris 7, Rédacteur en chef de la revue Alter, European Journal of Disability Research, Revue européenne de recherche sur le handicap

Lieu : Fondation Singer-Polignac,

43 Avenue Georges Mandel – 75116 Paris

Téléphone : 01 47 27 38 66

Pré-inscription OBLIGATOIRE : http://www.singer-polignac.org/fr/pre-inscriptions/pre-incriptions

Du football à Buchenwald

Dans son ouvrage L’Enfer organisé, Eugen Kogon évoque, à Buchenwald, « quelque chose qui ressemblait à du sport ».  « Il y avait des jeunes gens, écrit-il, qui croyaient avoir encore des forces à dépenser. Ils réussirent à obtenir de la SS l’autorisation de jouer au football. La SS semble avoir considéré cela comme un panneau réclame, vantant le bon état de santé et l’excellente humeur des détenus. Plusieurs équipes se formèrent, qui se mirent à s’entrainer et à matcher dans le grand espace libre qui s’étendait derrière la dernière rangée de blocks. Il y eut un moment jusqu’à 12 équipes à Buchenwald, dont une équipe de juifs, qui fut interdite par la suite. La plupart des joueurs portaient des maillots impeccables ; les souliers de football étaient également du meilleur modèle. D’où venait tout cela ? Mystère de la corruption dans les camps !  (Cela dura) jusqu’au jour où l’ont eu besoin du dernier pouce de terrain, à l’intérieur des barbelés, pour y construire des baraques… ».

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Football au KZ Theresienstadt (Ronny Blaschke)

Ce texte décrit une situation à laquelle la guerre mettra fin et il est recoupé par des témoignages de détenus allemands antifascistes, tel Willi Seifert, ou celui de Fritz König, juif autrichien, joueur dans les années 1930 dans l’équipe des jeunes du SC Red Star de Vienne et qui fut l’un de ces footballeurs. Il fut même affecté à mi temps à la Buanderie du camp pour pouvoir jouer dans une des équipes.

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Auschwitz-Befreiung: Fußball im Konzentrationslager

Le football ne fut que l’un des sports pratiqué dans certains camps, dans une logique qu’une exposition au Mémorial du Struthof, en 2012 a parfaitement décrypté : tout d’abord un sport imposé  aux déportés à titre d’humiliation supplémentaire ou de torture ; puis un spectacle destiné à distraire les gardiens SS ou à rassurer les opinions publiques internationales en leurrant les délégués de la Croix Rouge ou en diffusant des images. Là où ne prévaut que la règle du plus fort, là où la vie humaine a moins de prix que celle d’un chien, le sport est avant tout un instrument de domination pour les SS et un moyen de torture supplémentaire à l’encontre des déportés.

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Source : Die Welt

Mais pour certains sportifs déportés, le sport peut parfois devenir une façon de résister, de rappeler leur condition humaine, d’encourager leurs compagnons, de retrouver des sensations antérieures à leur arrestation, et désormais interdites, « d’oublier pour quelques heures les fils de fer barbelés ».

Si c’est une femme

SI C'EST UNE FEMME Sarah HELM Calmann LEVY On sait que des milliers d’internés et de déportés furent employés dans des usines du complexe militaro industriel nazi et parmi eux 27 000 femmes rattachées administrativement au camp de Buchenwald et asservies dans 27 Kommandos. La plupart d’entre elles venaient du camp de Ravensbrück, comme Lise London ou Suzanne Orts par exemple. La parution en France du livre de Sarah HELM, journaliste anglaise, Si c’est une femme, vie et mort à Ravensbrück … permet de mieux comprendre le comportement de ces détenues et de celles et ceux chargés de les garder.

On disposait depuis 1965 de l’ouvrage collectif  « les Françaises à Ravensbrück », co-écrit par les deux associations de déportées de répression, l’ADIR et l’Amicale de Ravensbrück. On pouvait s’appuyer sur les trois « Ravensbrück » de Germaine Tillion (1946, 1973, 1988), sur la thèse de Bernardt Strebel, historien allemand, avec son « Ravensbrück , un complexe concentrationnaire», paru en France en 2005 ; et bien sûr, sur tous les témoignages individuels écrits de 1945 à nos jours.

L’ouvrage de Sarah Helm apporte un autre éclairage, il nous décentre du point de vue franco-français, reflétant le rassemblement (ou la juxtaposition ?) international (e) du camp, tout en retournant stéréotypes et clichés.

Très touffu, parfois anecdotique, ce qui peut conduire à l’erreur, ce livre représente un travail d’investigation énorme : il apporte des précisions sur l’histoire de Ravensbrück, du Ravensbrück du début, d’avant « les Françaises », comme du Ravensbrück de la fin. Il met en évidence l’investissement, le militantisme, l’engagement et la résistance tant des Soviétiques prisonnières de guerre que des Polonaises, ces Polonaises, qui ont laissé peu de bons souvenirs chez « Les Françaises »… même s’il y eut des exceptions. On s’attache particulièrement à la figure charismatique d’Evgenia Klemm, et à son destin tragique, lié aux drames du stalinisme.

if-this-is-a-womanEnfin Sarah Helm donne vie à tous les acteurs du camp : le recrutement, les motivations, la psychologie des gardiennes ne sont pas oubliées dans cet univers de femmes, menées par quelques hommes, très puissants et tout puissants, gradés SS sous l’autorité d’un Himmler, tout proche géographiquement, donnant ses ordres de productivité, comme ses ordres de vie et de mort conformément à une logique et à une idéologie nationales-socialistes.

Anne Savigneux-Lointier