LA DISPARITION D’IMRE KERTESZ, DÉPORTÉ À AUSCHWITZ ET BUCHENWALD

L’écrivain hongrois Imre Kertész, Prix Nobel de littérature en 2002, s’est éteint à l’aube, jeudi 31 mars à son domicile de Budapest. Il était âgé de 86 ans. C’était l’un des derniers survivants d’Auschwitz, où il avait été déporté à l’âge de 14 ans, avant d’être transféré vers Buchenwald où il était arrivé le 16 juillet 1944 pour être envoyé au Kommando Wille de Tröglitz près de la ville de Zeitz. Etre sans destin (Actes Sud, 1998) est le roman où Imre Kertész, a transmis le plus directement son expérience du camp de Buchenwald et de ce Kommando. Mais, écrivait-il, «  j’ai un Buchenwald imaginaire qui ne correspond pas à la réalité. Ainsi, faire appel à moi en tant que témoin du véritable Buchenwald, c’est comme m’infliger une blessure physique.»

Auschwitz et Buchenwald furent l’acte fondateur dans sa construction en tant qu’homme et qu’écrivain. Il l’avait longuement expliqué durant son discours à Stockholm, lors de l’attribution de son prix Nobel : « Pendant que je préparais ce discours, il m’est arrivé une chose très étrange qui, en un certain sens, m’a rendu ma sérénité. Un jour, j’ai reçu par la poste une grande enveloppe en papier kraft. Elle m’avait été envoyée par le directeur du mémorial de Buchenwald, monsieur Volkhard Knigge. Il avait joint à ses cordiales félicitations une autre enveloppe, plus petite, dont il précisait le contenu, pour le cas où je n’aurais pas la force de l’affronter. A l’intérieur, il y a avait une copie du registre journalier des détenus du 18 février 1945. Dans la colonne “Abgänge”, c’est-à-dire “pertes”, j’ai appris la mort du détenu numéro soixante-quatre mille neuf cent vingt et un, Imre Kertész […].

Je suis donc mort une fois pour pouvoir continuer à vivre – et c’est peut-être là ma véritable histoire. Puisque c’est ainsi, je dédie mon œuvre née de la mort de cet enfant aux millions de morts et à tous ceux qui se souviennent encore de ces morts… »

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Retrouvez la critique du livre de Imre Kertesz Etre sans destin par Bertrand Herz (Page 15)

Retrouvez les critiques du film tiré de cet ouvrage publiées dans le numéro 308 du Serment (Page 15)

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