La libération du kommando d’Ohrdruf

Le 5 avril les troupes américaines découvraient le camp d’Ohrdruf, Kommando de Buchenwald. Quelques rares survivants. Beaucoup de cadavres. Ce fut le premier véritable contact des Américains avec l’horreur concentrationnaire. Les images d’Ohrdruf furent connues dans le monde entier.


Ohrdruf, camp dépendant du camp principal de Buchenwald

Les troupes américaines de la 3e armée pénètrent le 4 avril 1945 dans le camp d’Ohrdruf-III en Thuringe, un Kommando de Buchenwald destiné à l’installation d’usines d’armement dans des tunnels. Les Américains viennent de libérer la ville de Gotha. Il s’agit du premier camp découvert sur le front Ouest ; le site porte encore les traces de la tragédie vécue par les déportés, alors que les nazis ont évacué vers Buchenwald près de 9 000 détenus deux jours plus tôt. Ils laissent derrière eux des dizaines de corps de détenus exécutés ou morts les jours précédents, dans les bâtiments ou à l’extérieur.
Le 12 avril, huit jours après que la 4e division blindée se fut emparée du camp, une délégation d’officiers supérieurs américains est présente sur place, avec Dwight Eisenhower, commandant du SHAEF, Omar Bradley et George S. Patton. Ils sortent bouleversés de cette confrontation avec l’univers concentrationnaire, à laquelle participe des rescapés échappés de l’évacuation et revenus dans l’ancien camp avec leurs libérateurs.


Le général Eisenhower, entouré de journalistes, visite le camp d’Ohrdruf (12 avril 1945)

Les Actualités Françaises, 27/04/1945

Ohrdruf est un kommando de Buchenwald, près de la ville de Gotha. Son nom de code : SIII, dissimule un chantier destiné à creuser une usine souterraine dans les montagnes de Thuringe.
Le 2 avril 1945, l’avance alliée se faisant plus pressante, Heinrich Himmler donne l’ordre par téléphone au capitaine SS Olderburhuis de “liquider” le Kommando. Quelques jours plus tard, le 6 avril 1945, le correspondant de guerre américain Meyer Levin et le photographe français Eric Schwab entrent dans le camp : “Nous avons passé le portail et coupé le moteur. Un cercle d’hommes morts gisait là, vêtus des uniformes rayés des esclaves que nous voyions maintenant pour la première fois; ces cadavres étaient décharnés; à l’arrière de chaque crâne rasé et émacié une balle avait fait un trou. […] C’était comme si nous avions enfin pénétré au centre du cœur noir, dans l’intérieur grouillant de ce cœur de haine.” Les exécutions sommaires, les fosses fraîchement creusées et les brasiers encore fumants témoignent de la manière dont le SS Olderburhuis s’est acquitté de la mission confiée par Himmler. La réaction américaine est très rapide. Le 12 avril, une visite officielle est organisée pour les généraux George Patton, Omar Bradley et Dwight Eisenhower. Patton est pris de malaise. Eisenhower s’obstine à voir le camp dans ses moindres détails et déclare : “Je n’ai jamais, de ma vie, éprouvé un choc aussi profond”. La décision est immédiate : face à de telles horreurs toute censure tacite ou officielle doit sauter, le monde entier doit savoir et pour cela la presse doit retransmettre l’information au plus vite. Dès son édition de fin de journée, le quotidien français Ce Soir publie d’ailleurs à sa une la réaction du général Patton et l’image d’un charnier.

Source : Clément Chéroux, « l’épiphanie négative » production, diffusion et réception des photographies de la libération des camps, in Clément Chéroux (dir.), Mémoire des camps. Photographies des camps de concentration et d’extermination nazis, 1933-1999, Paris, Marval, 2001.


American soldiers of the Fourth Armored Division survey the dead at Ohrdruf, a subcamp of the Buchenwald concentration camp. Germany, April 1945. — US Holocaust Memorial Museum

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