Du football à Buchenwald

Dans son ouvrage L’Enfer organisé, Eugen Kogon évoque, à Buchenwald, « quelque chose qui ressemblait à du sport ».  « Il y avait des jeunes gens, écrit-il, qui croyaient avoir encore des forces à dépenser. Ils réussirent à obtenir de la SS l’autorisation de jouer au football. La SS semble avoir considéré cela comme un panneau réclame, vantant le bon état de santé et l’excellente humeur des détenus. Plusieurs équipes se formèrent, qui se mirent à s’entrainer et à matcher dans le grand espace libre qui s’étendait derrière la dernière rangée de blocks. Il y eut un moment jusqu’à 12 équipes à Buchenwald, dont une équipe de juifs, qui fut interdite par la suite. La plupart des joueurs portaient des maillots impeccables ; les souliers de football étaient également du meilleur modèle. D’où venait tout cela ? Mystère de la corruption dans les camps !  (Cela dura) jusqu’au jour où l’ont eu besoin du dernier pouce de terrain, à l’intérieur des barbelés, pour y construire des baraques… ».

Football au KZ Theresienstadt (Ronny Blaschke)

Ce texte décrit une situation à laquelle la guerre mettra fin et il est recoupé par des témoignages de détenus allemands antifascistes, tel Willi Seifert, ou celui de Fritz König, juif autrichien, joueur dans les années 1930 dans l’équipe des jeunes du SC Red Star de Vienne et qui fut l’un de ces footballeurs. Il fut même affecté à mi temps à la Buanderie du camp pour pouvoir jouer dans une des équipes.

Auschwitz-Befreiung: Fußball im Konzentrationslager

Le football ne fut que l’un des sports pratiqué dans certains camps, dans une logique qu’une exposition au Mémorial du Struthof, en 2012 a parfaitement décrypté : tout d’abord un sport imposé  aux déportés à titre d’humiliation supplémentaire ou de torture ; puis un spectacle destiné à distraire les gardiens SS ou à rassurer les opinions publiques internationales en leurrant les délégués de la Croix Rouge ou en diffusant des images. Là où ne prévaut que la règle du plus fort, là où la vie humaine a moins de prix que celle d’un chien, le sport est avant tout un instrument de domination pour les SS et un moyen de torture supplémentaire à l’encontre des déportés.

Mais pour certains sportifs déportés, le sport peut parfois devenir une façon de résister, de rappeler leur condition humaine, d’encourager leurs compagnons, de retrouver des sensations antérieures à leur arrestation, et désormais interdites, « d’oublier pour quelques heures les fils de fer barbelés ».

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