Si c’est une femme

 On sait que des milliers d’internés et de déportés furent employés dans des usines du complexe militaro industriel nazi et parmi eux 27 000 femmes rattachées administrativement au camp de Buchenwald et asservies dans 27 Kommandos. La plupart d’entre elles venaient du camp de Ravensbrück, comme Lise London ou Suzanne Orts par exemple. La parution en France du livre de Sarah HELM, journaliste anglaise, Si c’est une femme, vie et mort à Ravensbrück … permet de mieux comprendre le comportement de ces détenues et de celles et ceux chargés de les garder.

On disposait depuis 1965 de l’ouvrage collectif  « les Françaises à Ravensbrück », co-écrit par les deux associations de déportées de répression, l’ADIR et l’Amicale de Ravensbrück. On pouvait s’appuyer sur les trois « Ravensbrück » de Germaine Tillion (1946, 1973, 1988), sur la thèse de Bernardt Strebel, historien allemand, avec son « Ravensbrück , un complexe concentrationnaire», paru en France en 2005 ; et bien sûr, sur tous les témoignages individuels écrits de 1945 à nos jours.

L’ouvrage de Sarah Helm apporte un autre éclairage, il nous décentre du point de vue franco-français, reflétant le rassemblement (ou la juxtaposition ?) international (e) du camp, tout en retournant stéréotypes et clichés.

Très touffu, parfois anecdotique, ce qui peut conduire à l’erreur, ce livre représente un travail d’investigation énorme : il apporte des précisions sur l’histoire de Ravensbrück, du Ravensbrück du début, d’avant « les Françaises », comme du Ravensbrück de la fin. Il met en évidence l’investissement, le militantisme, l’engagement et la résistance tant des Soviétiques prisonnières de guerre que des Polonaises, ces Polonaises, qui ont laissé peu de bons souvenirs chez « Les Françaises »… même s’il y eut des exceptions. On s’attache particulièrement à la figure charismatique d’Evgenia Klemm, et à son destin tragique, lié aux drames du stalinisme.

Enfin Sarah Helm donne vie à tous les acteurs du camp : le recrutement, les motivations, la psychologie des gardiennes ne sont pas oubliées dans cet univers de femmes, menées par quelques hommes, très puissants et tout puissants, gradés SS sous l’autorité d’un Himmler, tout proche géographiquement, donnant ses ordres de productivité, comme ses ordres de vie et de mort conformément à une logique et à une idéologie nationales-socialistes.

Anne Savigneux-Lointier

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