LA DÉPORTATION DE TSIGANES FRANÇAIS A BUCHENWALD

Samedi 29 octobre, le président de la République François Hollande a reconnu la responsabilité de la France dans l’internement de milliers de Tsiganes par le régime de Vichy. « La République reconnaît la souffrance des nomades qui ont été internés et admet que sa responsabilité est grande dans ce drame », a-t-il déclaré lors d’une cérémonie d’hommage sur le site de l’ancien camp de Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire).

Des 31 camps gérés par les autorités françaises jusqu’en 1946, dans lesquels furent internés entre 6 000 et 6 500 nomades, Montreuil-Bellay était le plus grand. Plus de 2 000 nomades, des Tsiganes mais aussi des personnes sans domicile fixe de Nantes, y furent internés de novembre 1941 à janvier 1945. Une centaine périrent.

L’ancien secrétaire d’Etat aux anciens combattants Hubert Falco, avait cependant déjà évoqué cette responsabilité lors d’une Journée nationale de la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’Etat français en 2010

Cette politique de mémoire du passé, avec ses hauts et ses bas, est retracée dans l’ouvrage de l’historien Henry Rousso, Face au passé, essais sur la mémoire contemporaine, paru chez Belin cette année.

De Gaulle revenu au pouvoir, écrit l’historien, « a imposé à sa manière une forme de silence officiel sur le régime de Vichy, n’y voyant qu’une parenthèse vite refermée en août 1944 ». Seule exception à cette politique, l’entrée au Panthéon, en 1964, des restes de Jean Moulin.

Pompidou a invité à « jeter le voile, (à) oublier ces temps où les Français ne s’aimaient pas, s’entre-déchiraient et même s’entre-tuaient ». Giscard a supprimé le 8 mai des célébrations nationales. Mitterrand le réinsèrera. Avec lui la Ve République devient plus commémorante. Mais c’est avec Chirac que le « devoir de Mémoire » s’impose. En juillet 1995 il reconnaît publiquement les crimes d’Etat commis par Vichy à l’égard des juifs. Il se préoccupe également de la mémoire des protagonistes de la guerre d’Algérie, accepte le débat sur les « fusillés » de la guerre de 14-18, se penche sur la mémoire de l’esclavage, impose une journée commémorative de l’appel historique du général de Gaulle du 18 juin. Il a « incontestablement ouvert une voie » écrit Rousso. Sarkozy, lui, affiche son hostilité à toute repentance. Cependant il impose en août 2007 la lecture obligatoire dans les lycées de la lettre de Guy Moquet à ses parents et fait du monument en mémoire des victimes des Glières le lieu de son pèlerinage annuel. Enfin, en février 2012, il fait du 11 novembre non seulement l’anniversaire de l’armistice de 1918 mais aussi la journée d’hommage à tous les morts pour la France, un peu à la façon de la journée des coquelicots (Poppy Day) du monde anglo-saxon.

François Hollande a instauré une journée nationale de la Résistance et fait entrer au Panthéon quatre de ses grandes figures. La commémoration du débarquement de juin 1944 a été particulièrement mise en scène.

En reconnaissant la responsabilité de l’Etat français dans l’internement des nomades et tsiganes, François Hollande s’inscrit donc dans le modèle républicain français tel que mis en oeuvre par J. Chirac.

LA DEPORTATION DES TSIGANES FRANÇAIS

En 2012, dans Le Serment N°244, l’Association Buchenwald-Dora avait publié un dossier sur la déportation des tsiganes et le témoignage d’Antoine Lagrené, jeune tsigane français déporté à Auschwitz puis Buchenwald après son internement à Malines (Belgique)

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