Simone Veil (1928-2017)

Une femme d’honneur et de courage vient de décéder : Simone Veil, née Jacob, matricule 78651 à Auschwitz. Elle sera détenue deux jours, fin janvier 1945, à Dora.

Le 30 mars 1944, Simone Jacob est arrêtée à Nice où elle est née et où la famille vit sous une fausse identité depuis l’arrivée des Allemands en 1943, alors qu’elle vient de passer le baccalauréat. Elle est envoyée le 7 avril vers Drancy et mise le 13 avril au petit matin, avec sa mère, 44 ans, et sa soeur Milou, 21 ans dans un convoi vers Auschwitz où elle arrive le 15 avril :

“Le convoi s’est immobilisé en pleine nuit. Avant même l’ouverture des portes, nous avons été assaillis par les cris des SS et les aboiements des chiens. Puis les projecteurs aveuglants, la rampe de débarquement, la scène avait un caractère irréel. On nous arrachait à l’horreur du voyage pour nous précipiter en plein cauchemar. Nous étions au terme du périple, le camp d’Auschwitz-Birkenau. (…) Soudain, j’ai entendu à mon oreille une voix inconnue me demander : “Quel âge as-tu ?” A ma réponse, seize ans et demi, a succédé une consigne : “Surtout dis bien que tu en as dix-huit.”

D’abord mises en quarantaine, la mère et ses deux filles sont obligées de participer aux travaux de prolongement de la rampe d’arrivée pour les convois.

Un matin, Stenia, chef du camp, interpelle Simone Veil :

– “Tu es vraiment trop jolie pour mourir ici. Je vais faire quelque chose pour toi, en t’envoyant ailleurs.” Je lui ai répondu : “Oui, mais j’ai une mère et une soeur. Je ne peux accepter d’aller ailleurs si elles ne viennent pas avec moi.” A ma grande surprise, elle a acquiescé : “D’accord, elles viendront avec toi.” (…) Fait incroyable, cette femme, que je n’ai par la suite croisée que deux ou trois fois dans le camp, ne m’a jamais rien demandé en échange. Tout s’est donc passé comme si ma jeunesse et le désir de vivre qui m’habitait, m’avaient protégée.”

Toutes trois sont rattachées au kommando de Bobrek, un kommando Siemens, de juillet 1944 à janvier 1945. 37 femmes et 220 hommes déportés y sont astreints à fabriquer des pièces d’avions.

L’avance des troupes soviétiques entraine l’évacuation de Bobrek, le 18 janvier 1945. Via l’usine de Buna à Auschwitz, c’est le début pour les milliers de déportés du complexe d’Auschwitz, d’une atroce marche de la mort par moins trente degrés. Soixante-dix kilomètres jusqu’à Gleiwitz où les SS entassent les femmes sur des wagons plats. Direction Mauthausen qui refuse les déportées, faute de place. Encore huit jours, cette fois vers Dora, un. Et Simone Veil de poser la question :

– “Pourquoi les nazis n’ont-ils pas tué les Juifs sur place, plutôt que de les embarquer dans leur propre fuite ? La réponse est simple : pour ne pas laisser de trace derrière eux.”

Dans sa somme sur l’ Histoire du Camp de Dora, André Sellier écrit : « impossible de savoir quel est le nombre de morts résultant des évacuations d’Auschwitz (…) qui aboutissent à Dora ou dans d’autres points du complexe de Mittelbau. Le fait que tel ou tel convoi parvienne là plutôt qu’à Buchenwald, à Bergen-Belsen ou dans un autre camp n’est nullement prémédité et aucune comptabilité des mouvements n’est tenue, contrairement à la tradition constante de l’univers concentrationnaire. Mais la tradition bureaucratique reprend ses droits pour les survivants qui sont dûment immatriculés dans les séries nouvelles du camp de Dora-Mittelbau… »

Elle reste deux jours à Dora, avant de repartir vers Bergen-Belsen où elle arrive le 30 janvier.

Libérée le   17 avril elle ne rentrera en France que le 23 mai.