Les photos volées de Georges Angéli, déporté de Châteaudun au camp de Buchenwald

Les photos volées de Georges Angéli, déporté de Châteaudun au camp de Buchenwald

Ancien photographe à Châteaudun, Georges Angéli a, aussi, été photographe clandestin au camp de Buchenwald de 1943 à 1945.

Georges Angéli a été photographe à Châteaudun pendant treize ans. Mais très peu de Dunois savent que son métier lui a sauvé la vie pendant la Seconde Guerre mondiale. « Il était discret », confient, hier, Josiane Angéli et Catherine Glasz, respectivement belle-fille et fille de Georges Angéli, lors de l’installation de l’exposition « Regard d’un photographe résistant déporté à Buchenwald » à la médiathèque de Châteaudun.

Déporté au camp de concentration de Buchenwald (Allemagne) en juin 1943, Georges Angéli est affecté au service d’identification, c’est-à-dire le laboratoire qui se charge de photographier les détenus à leur arrivée et qui pouvait, également, réaliser des reportages ou prendre des clichés officiels des responsables SS. « Mon père faisait uniquement le tirage des négatifs qui étaient développés par un autre prisonnier. Il n’a jamais eu l’occasion d’assister à une prise de vue ni d’en faire », raconte Catherine Glasz.

Il était conscient qu’il prenait des risques considérables
Un jour, Georges Angéli a décidé de faire des tirages en double de photos prises par les Allemands qui témoignaient de la réalité du camp. Il y avait des portraits du personnel chargé de la surveillance des camps, des photos de leurs familles, des portraits signalétiques de déportés mais aussi des photos d’exécutions et de morts. « Il rangeait ces photos dans une boîte métallique cachée sous le plancher de son labo et était conscient qu’il prenait des risques considérables. »

Josiane Angéli et Catherine Glasz, respectivement belle-fille et fille de Georges Angéli, se réjouissent que la médiathèque de Châteaudun rende hommage à ce « photographe résistant déporté à Buchenwald ».
En fouillant dans le grenier de la baraque, Georges Angéli découvre un carton avec des appareils très rudimentaires. Parmi eux, un Zeiss Ikon Box Tengor très simple qui ne nécessitait pas de régler la mise au point. Un appareil idéal pour faire des photos clandestines.
Un dimanche après-midi, en juin 1944, Georges Angéli profite que les SS soient en famille, et cache son appareil dans un papier journal. Il l’oriente sans avoir besoin de regarder dans le viseur et photographie tout ce qu’il l’intéressait dans le camp. Il prend une douzaine de vues qui témoignent de la vie au camp en dehors du travail forcé et rejoignent les photos tirées en double dans la boîte en fer.

« Ses photos sont connues dans le monde entier »
En août 1944, un bombardement détruit le laboratoire et Georges Angéli enterre sa boîte au pied de l’escalier qui menait à l’étage supérieur du Block 40. Il va la récupérer le lendemain de la libération du camp et garder un œil dessus jusqu’à son rapatriement.

« Il disait que ses photos n’étaient pas de grande qualité mais que c’était un fameux souvenir, rappelle sa fille. Ses photos sont connues dans le monde entier et sont désormais exposées à Buchenwald. Elles constituent un témoignage unique et il a risqué sa vie pour montrer au monde ce que les déportés ont vécu. Il est sorti usé mais debout de Buchenwald et a consacré sa vie au devoir de mémoire, jusqu’à l’épuisement. » En 2005, à 85 ans, Georges Angéli disait « Regardez le monde dans quel état il est ! Tout ce qu’on a raconté de l’horreur nazie n’a servi à rien. » Il est resté un éternel insoumis jusqu’à son décès en 2010.

Frédéric Levent –  Publié le 04/04/2018

Exposition jusqu’au 24 avril à la médiathèque de Châteaudun. Visites pour les écoles, collèges, lycées et associations sur rendez-vous au 02.37.45.23.54. auprès de la directrice Christine Fernandez.

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