Un espace Walter Spitzer, KLB 124465, au Musée de la Musique mécanique des Gêts

Un espace Walter Spitzer, KLB 124465, au Musée de la Musique mécanique des Gêts

Le Musée de la Musique Mécanique des Gêts (Haute Savoie), connu pour sa fameuse collection Roger et Gallet d’automates, son manège, son carillon automatique et son orgue aéolian, a reçu, samedi 30 juin, notre ami Walter Spitzer, né en 1927, peintre et sculpteur universellement reconnu, rescapé d’Auschwitz et Buchenwald.
Walter Spitzer inaugurait officiellement un espace à lui dédié,  « l’Espace Walter Spitzer », abritant 11 de ses œuvres (peintures, lithographies, dessins et une sculpture) et dévoilait une douzième oeuvre, l’une de ses toiles majeures, « La Fête Foraine » réalisée en 1984, financée par de généreux mécènes.
Sur le tableau, l’artiste exprime d’un trait précis et un jeu magnifique de couleurs éclatantes la fête et la joie.
Ces pièces uniques ont trouvé avec bonheur leur place dans le Musée des Gêts car dans chacune d’elle figure un joueur d’orgue de barbarie. La magie de cet instrument produisant de la musique en tournant la manivelle avait marqué l’artiste dans son enfance en Pologne.
Né en 1927 à Cieszyn, Walter Spitzer est issu d’une famille juive bourgeoise et traditionaliste. A l’âge de quatre ans, il se prend de passion pour le dessin. C’est d’ailleurs cette passion et son talent qui le sauveront quand il sera plongé dans l’enfer des camps, comme des millions d’autres qui n’en reviendront pas.

Le 1er septembre 1939, l’armée allemande envahit la ville de Cieszyn : c’est le début de l’horreur, et l’annexion de la Pologne au IIIème Reich. Les juifs sont peu à peu expulsés ou regroupés dans un ghetto. Walter perd vite son père Samuel, mort de maladie en 1940 et dont le frère, Harry, la sœur Edith et le neveu Ernst ont été fusillés. Walter est bientôt séparé de sa mère, Gretta. Il apprendra bien plus tard qu’elle a été exécutée par les Allemands.
Pour Walter, c’est direction Blechhammer, et l’un de ses camps de travail rattaché à Auschwitz, en 1943. Il y porte désormais le numéro de matricule n°178 489. Devant l’avance de l’armée soviétique Blechhammer est évacué le 21 janvier 1945. C’est alors l’infernale « marche de la mort » qui conduit Walter et les autres déportés rescapés vers Gross Rosen puis Buchenwald où il arrive le 10 février. On lui attribue le matricule 124465.
Tout au long de ces terribles mois de déportation, entre Blechhammer et Buchenwald, Walter Spitzer dessine et propose ses dessins à ses camarades prisonniers. Il parvient ainsi à améliorer son quotidien. Il échange ses créations pour un morceau de pain, des pommes de terres ou une soupe de plus.
Alors qu’il est à Buchenwald, une nuit de janvier 1945, Walter est réveillé et doit se rendre devant le chef de son block. Quelques heures plus tard, il doit faire partie d’un « transport » qui mène vers un autre camp où l’espérance de vie est de « huit jours « . Dans son livre Walter Spitzer se souvient des paroles formulées au milieu de la nuit : « Nous, le Comité international de résistance aux nazis, avons décidé de te soustraire à ce transport. Depuis que tu es là, nous t’observons. Tu dessines tout le temps, tu sais voir. C’est cela qui nous a décidés. Mais tu dois nous promettre solennellement que, si tu survis, tu raconteras, avec tes crayons, tout ce que tu as vu ici « .
Affecté à un Baukommando où il empile des briques, Walter est alors transféré à un atelier de tri de vêtements.
Début avril il est intégré dans une des colonnes d’évacuation en direction de Iéna puis Géra. Un kapo allemand les aide à fuir. Le 13 avril il est libéré par les Américains.
Walter Spitzer rejoint Paris où il s’inscrit à l’école nationale supérieure des Beaux-Arts. Il a consacré une partie de son œuvre sculptée et peinte à témoigner. Il illustrera des ouvrages de Kessel, Sartre, Malraux … Il a réalisé notamment le monument commémoratif de la rafle du Vel d’Hiv inauguré en juillet 1994 à Paris par François Mitterrand. Walter Spitzer s’est exprimé aussi par les mots dans son livre « Sauvé par le dessin »(Favre 2004) préfacé par son ami Elie Wiesel, prix Nobel de la Paix.


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