Dossier : résolution du parlement européen

Dossier : résolution du parlement européen

1 – DÉCLARATION DE L’ASSOCIATION FRANCAISE BUCHENWALD, DORA ET KOMMANDOS CONCERNANT LA RÉSOLUTION DU PARLEMENT EUROPÉEN DU 19 SEPTEMBRE 2019 SUR L’IMPORTANCE DE LA MÉMOIRE EUROPÉENNE POUR L’AVENIR DE L’EUROPE

L’Association Française Buchenwald, Dora et Kommandos exprime sa totale réprobation de la Résolution du Parlement européen du 19 septembre 2019 concernant l‘importance de la mémoire européenne pour l’avenir de l’Europe.

Si elle approuve sans réserve l’importance de la mémoire historique pour l’éducation de la jeunesse et la construction d’une Europe libre et démocratique, elle ne saurait reconnaître comme fondée sur le plan historique la confusion entre communisme et nazisme et ses conséquences éminemment préjudiciables et contestables sur le plan mémoriel, politique et juridique.

Notre association, apolitique de par ses statuts, a été fondée en 1945 par des rescapés d’opinions diverses et reste profondément attachée à cette pluralité et à l’unité forgée dans la Résistance en France autour du Conseil national de la Résistance et poursuivie derrière les barbelés du camp de concentration de Buchenwald au sein du Comité des intérêts français. Parmi ces résistants figuraient de nombreux communistes. Nous ne saurions donc assimiler les communistes aux criminels nazis et leurs collaborateurs qui furent leurs bourreaux comme ceux du continent européen tout entier. Nous ne saurions accepter de ne pouvoir rendre hommage à tous les Résistants au IIIe Reich, en cautionnant une réécriture de l’histoire qui en exclurait les communistes lesquels pourtant en payèrent un lourd tribut.

Cette réécriture de l’histoire présente dans la Résolution du Parlement européen est également inacceptable concernant l’évocation des origines de la Seconde Guerre mondiale fondée sur une interprétation historique parcellaire et biaisée.

L’Association française Buchenwald, Dora et Kommandos apporte son plein soutien à la déclaration du Comité international Buchenwald-Dora du 8 octobre 2019.

Les mémoires des crimes contre l’humanité et le combat contre les dictatures sont des composantes majeures de la construction européenne. Il importe de les préserver sans opposer les victimes, ni procéder à des amalgames ou des réécritures funestes qui contribuent à occulter la nécessité de poursuivre, en Europe comme ailleurs, la lutte pour les valeurs démocratiques et les droits fondamentaux, contre le racisme, l’antisémitisme, la xénophobie et les populismes.

C’est pourquoi l’Association Française Buchenwald, Dora et Kommandos exige le retrait immédiat de la Résolution P9_TA-PROV(2019)0021.

Paris, le 8 novembre 2019


2 – DÉCLARATION DU CIBD CONCERNANT LA RÉSOLUTION DU PARLEMENT EUROPÉEN DU 19 SEPTEMBRE 2019 SUR L’IMPORTANCE DE LA MÉMOIRE EUROPÉENNE POUR L’AVENIR DE L’EUROPE

Le Comité international Buchenwald Dora et Kommandos (CIBD) exprime sa vive inquiétude sur la Résolution du Parlement européen du 19.9.2019 concernant l‘importance de la mémoire européenne pour l’avenir de l’Europe.

Le CIBD considère que le texte de cette première résolution du Parlement européen nouvellement élu sur le rôle de la mémoire historique pour l’éducation de la jeunesse et la construction d’une Europe libre et démocratique, est une insulte intolérable aux victimes du fascisme et du nazisme de même qu’aux constructeurs d’une Europe apaisée, démocratique et libre.

La Résolution susnommée se préoccupe à juste titre dans la dernière partie de son texte de la montée des haines identitaires en Europe. Elle demande l’interdiction des groupes néofascistes et néonazis (point 20) Elle souligne par ailleurs qu’il « convient de continuer de puiser dans le passé tragique de l’Europe l’inspiration morale et politique nécessaire pour relever les défis du monde contemporain, et en particulier pour lutter pour un monde plus juste, bâtir des sociétés et communautés tolérantes et ouvertes qui accueillent les minorités sexuelles, religieuses et ethniques, et s’assurer que les valeurs européennes bénéficient à tous » (point 21). Cependant, cette résolution reste le fruit de compromis malsains, et développe des arguments fallacieux et inacceptables, qui maltraitent la vérité historique.

C’est pourquoi le CIBD exige retrait immédiat de la Résolution P9_TA-PROV(2019)0021.

Le CIBD s’appuie sur l’argumentaire suivant dans sa présente déclaration :

  1. Le CIBD déplore que la Résolution présente du Parlement européen sur l’importance de la mémoire européenne pour l’avenir de l’Europe, ne fasse nulle part état dans son texte de la Résolution décisive du Parlement européen du 11 février 1993 sur « La protection et la préservation des sites de mémoire des anciens camps de concentration ».
  2. Le CIBD rappelle qu’on ne peut en aucun cas mettre sur un même plan et définir sous le vocable général de « totalitarisme » tel qu’il a été appliqué dès les années 30 au régime de Mussolini, le nazisme d’Hitler et le communisme de Staline. Certains parlementaires oublient que leurs pays, situés dans l’orbite nazie ont développé leur propre forme de totalitarismes durant ces années : la Finlande, l’Espagne, le Portugal, la Hongrie, la Pologne …

Le CIBD exige qu’une résolution du Parlement européen sur la prise de conscience du passé ne passe pas sous silence les spécificités du nazisme ; le racisme, l’antisémitisme, le génocides des Juifs et des Sinti et Roms, les crimes contre les malades mentaux et physiques sont le socle de ce que fut la politique nazie, parallèlement aux massacres qui furent perpétrés de façon planifiée et systématique contre les populations slaves, ainsi que la mise en esclavage de millions d’hommes, de femmes et d’enfants contraints aux travaux de force en Allemagne et dans les pays occupés par le IIIème Reich. C’est cette idéologie criminelle qui fut combattue par l’ensemble des Nations qui se réunirent dans l’Organisation des Nations Unies en 1945.

  1. Le CIBD, contrairement au texte de la Résolution du Parlement européen du 19.9 2019 (point 2), s’élève contre l’affirmation que le Pacte germano-soviétique (connu sous le nom de Molotov-Ribbentrop) est l’origine de la Deuxième Guerre mondiale. C’est négliger dans ce texte d’autres causes telles que : le Traité de Versailles, la crise économique de 1929, la réoccupation de la Sarre (1935), le pacte Anti-Komintern, (novembre 1936), l’axe Rome-Berlin (novembre 1936), l’annexion consentie de l’Autriche (mars 1938), les accords de Munich (septembre 1938) : n’oublions pas les mots célèbres de Winston Churchill au Premier ministre britannique Chamberlain: « Vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur, vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre».

La résolution passe également sous silence l’occupation par les nazis de la région des Sudètes (octobre 1938), l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes allemandes (mars 1939).

  1. Le CIBD regrette une vision limitée dans la Résolution de ce que fut la souffrance infligée à la Russie, décrite comme « la plus grande victime du totalitarisme communiste » (point 15). C’est oublier les souffrances et les pertes infligées à l’Union soviétique par l’agression nazie à l’ouest, et par les forces japonaises à l’Est du territoire.
  2. Le CIBD condamne que la résolution passe sous silence absolu le génocide et la souffrance du peuple des Sinti et Rom, de même qu’elle ignore les persécutions engendrées contre les homosexuels. Sont également laissés dans l’ignorance complète les persécutions politiques, l’internement et la déportation de millions d’êtres humains en Europe ainsi que l’exploitation sauvage dont ils furent victimes dans les usines de guerre nazies.

EN 2020, un musée sera inauguré à Weimar sur le thème du Travail forcé sous le national-socialisme, portant le destin tragique des internés et déportés du régime nazi à la connaissance élargie du public.

  1. Le CIBD rappelle -et constate qu’il n’en est nulle part question dans ce texte- que de nombreux communistes allemands furent les premières victimes des camps de concentration nazis dès leurs ouvertures. Leur souvenir ne peut tomber dans l’oubli.

Les anciens déportés du camp de Buchenwald et de ses camps extérieurs ont vécu dans leur cœur et dans leur chair ces évènements sans précédents, qui sont les spécificités de l’idéologie nazie.

Pour ces raisons,

Au nom des survivants des camps issus de toutes les nations, et des victimes de Buchenwald et de ses 139 kommandos,

Au nom de toutes les victimes de la barbarie nazie,

Le CIBD juge que ce texte est une insulte inacceptable à la mémoire de ces victimes et à ceux qui ont combattu pour une Europe humaniste et rejette catégoriquement la résolution du Parlement européen du 19.9.2019 sur l’importance de la mémoire européenne pour l’avenir de l’Europe ».

Si la construction d’une prise de conscience européenne du passé pour l’avenir de l’Europe doit « reposer » sur la dénonciation de toutes les atteintes aux droits de l’homme, aux violations des libertés, le CIBD déclare que celle-ci doit se faire dans le respect de la vérité historique, sans comparaison forcée ni amalgame politique.

Le Comité International Buchenwald Dora et Kommandos

Le 8.10.2019


3 – DÉCLARATION DE MADRID

Réunis à Madrid le 2 novembre 2019 – à la veille du 75ème anniversaire de la libération des camps – nous, présidents et secrétaires généraux des Comités internationaux des camps d’extermination et de concentration nazis, saluons le travail accompli par les autorités espagnoles et l’Amical de Mauthausen y otros campos pour la reconnaissance de la déportation des Républicains espagnols dans les camps nazis.
Ayant pris connaissance de la résolution du 19 septembre 2019 du Parlement européen sur l’importance de la mémoire européenne pour l’avenir de l’Europe (2919/2819 RSP), nous exprimons notre vive préoccupation devant la vision erronée de l’histoire du 20ème siècle que traduit ce texte. Nous voyons dans cette résolution la tentative de mettre sur un pied d´égalité les victimes de la terreur nazie et celles du stalinisme sous le terme irréfléchi de «totalitarisme». Nous nous inclinerons toujours avec respect devant les tragédies desvictimes du stalinisme, mais nous ne saurions admettre toute tentative d’assimilation des uns avec les autres ou d’opposition des uns contre les autres.
Nous ne pouvons accepter que les fondements philosophiques des camps nazis, où régnait une violence systémique assumée, à savoir le racisme et l’antisémitisme, l’extermination industrielle de groupes ethniques entiers – hommes, femmes et enfants – ne soient pas nommés dans cette résolution.
Nous espérons pouvoir apporter notre contribution pour que, à l’occasion du 75ème anniversaire de la libération des camps et de la fin de la seconde guerre mondiale, les députés du Parlement européen élaborent une nouvelle résolution respectueuse de la mémoire de toutes les victimes du nazisme et des messages ambitieux qu’elles nous ont laissés, résolution manifestant un engagement clair du Parlement européen contre le racisme, l’antisémitisme, le nationalisme et l’exclusion et une prise de position sans équivoque pour les Droits de l’Homme, la solidarité et une attitude d’ouverture vis-à-vis de
l’Autre.
Nous réaffirmons notre exigence du plein respect de la résolution du Parlement européen du 11 février 1993 sur la protection européenne et internationale, comme monuments historiques, des sites des camps de concentration nazis.
Nous saluons l’initiative prise par le Comité International de Mauthausen de lancer un nouvel itinéraire culturel dans le cadre du programme spécifique du Conseil de l’Europe: cet itinéraire veut rendre visible l’histoire dans la géographie et dans l’espace européen. Il
documentera le réseau européen de la terreur nazie, que ce soit dans les camps de concentration et les camps d’extermination ou dans les ghettos et durant les marches de la mort.
Nous saluons l’engagement de nombreux jeunes Européens en faveur de la mémoire des victimes des camps nazis. Nous les encourageons à poursuivre leur combat pacifique pour la préservation des valeurs de liberté, de respect des Droits de l’Homme, de solidarité internationale que nous ont léguées les déportés et internés et qui ont nourri la construction européenne.
Signataires : Comités internationaux d’Auschwitz, Buchenwald-Dora, Dachau, Mauthausen, Natzweiler- Struthof, Neuengamme, Ravensbrück, Sachsenhausen, Association de Flossenbürg, ANED (Assoziatione Nazionale Ex Deportati Campi Nazisti), FIR (International Freedom Fighters Federation), IHRA (International Holocaust Remembrance Alliance).


4 – TEXTES ADOPTÉS

Parlement européen – 2019-2024
TEXTES ADOPTÉS
Édition provisoire
P9_TA-PROV(2019)0021

Importance de la mémoire européenne pour l’avenir de l’Europe
Résolution du Parlement européen du 19 septembre 2019 sur l’importance de la
mémoire européenne pour l’avenir de l’Europe (2019/2819(RSP))
Le Parlement européen,
– vu les principes universels des droits de l’homme et les principes fondamentaux de
l’Union européenne en tant que communauté fondée sur des valeurs communes,
– vu la déclaration effectuée le 22 août 2019 par le premier vice-président de la
Commission européenne, Frans Timmermans, et par la commissaire Věra Jourová, dans
la perspective de la «Journée européenne du souvenir» pour la commémoration des
victimes de tous les régimes totalitaires et autoritaires,
– vu la déclaration universelle des droits de l’homme des Nations unies, adoptée le
10 décembre 1948,
– vu sa résolution du 12 mai 2005 sur le soixantième anniversaire de la fin de la deuxième
guerre mondiale en Europe (8 mai 1945)1,
– vu la résolution 1481 sur la nécessité d’une condamnation internationale des crimes des
régimes communistes totalitaires, adoptée par l’Assemblée parlementaire du Conseil de
l’Europe le 26 janvier 2006,
– vu la décision-cadre 2008/913/JAI du Conseil du 28 novembre 2008 sur la lutte contre
certaines formes et manifestations de racisme et de xénophobie au moyen du droit
pénal2,
– vu la déclaration sur la conscience européenne et le communisme, adoptée à Prague le
3 juin 2008,
– vu sa déclaration sur la proclamation du 23 août comme Journée européenne de
commémoration des victimes du stalinisme et du nazisme, adoptée le
1 JO C 92 E du 20.4.2006, p. 392.
2 JO L 328 du 6.12.2008, p. 55.
23 septembre 20081,
– vu sa résolution du 2 avril 2009 sur la conscience européenne et le totalitarisme2,
– vu le rapport de la Commission du 22 décembre 2010 sur la mémoire des crimes
commis par les régimes totalitaires en Europe (COM(2010)0783),
– vu les conclusions du Conseil des 9 et 10 juin 2011 sur la mémoire des crimes commis
par les régimes totalitaires en Europe,
– vu la déclaration de Varsovie du 23 août 2011 sur la Journée européenne de
commémoration des victimes des régimes totalitaires,
– vu la déclaration commune du 23 août 2018 des représentants des gouvernements des
États membres de l’Union en l’honneur des victimes du communisme,
– vu sa résolution historique sur la situation en Estonie, en Lettonie et en Lituanie,
adoptée le 13 janvier 1983 à la suite de l’«Appel baltique» lancé par 45 ressortissants de
ces trois pays,
– vu les résolutions et les déclarations sur les crimes des régimes communistes totalitaires
adoptées par plusieurs parlements nationaux,
– vu l’article 132, paragraphes 2 et 4, de son règlement intérieur,
A. considérant que 2019 marque le 80e anniversaire du début de la Seconde Guerre
mondiale, qui a causé des souffrances humaines d’une ampleur sans précédent et
conduit à l’occupation de pays européens pendant de nombreuses décennies;
B. considérant qu’il y a 80 ans, le 23 août 1939, l’Union soviétique communiste et
l’Allemagne nazie ont signé un pacte de non-agression, connu sous le nom de pacte
germano-soviétique ou pacte Molotov-Ribbentrop, dont les protocoles secrets
partageaient l’Europe et les territoires d’États indépendants entre les deux régimes
totalitaires selon des sphères d’influence, ouvrant la voie au déclenchement de la
Seconde Guerre mondiale;
C. considérant que, parmi les conséquences directes du pacte germano-soviétique et du
traité germano-soviétique d’amitié, de coopération et de délimitation du
28 septembre 1939 qui s’ensuivit, l’on compte: l’invasion de la République de Pologne,
d’abord par Hitler, puis par Staline deux semaines plus tard, qui a brutalement privé le
pays de son indépendance et représenté un drame sans précédent pour la nation
polonaise; le déclenchement par l’Union soviétique communiste d’une guerre
d’agression contre la Finlande le 30 novembre 1939; l’occupation et l’annexion en juin
1940 par l’Union soviétique de parties du territoire roumain, qui n’ont jamais été
restituées; et l’annexion des républiques indépendantes de Lituanie, de Lettonie et
d’Estonie;
D. considérant qu’après la défaite du régime nazi et la fin de la Seconde Guerre mondiale,
l’après-guerre a été synonyme, pour certains pays d’Europe, de reconstruction et de
1 JO C 8 E du 14.1.2010, p. 57.
2 JO C 137 E du 27.5.2010, p. 25.
réconciliation, tandis que d’autres sont restés, pendant un demi-siècle, soumis à des
dictatures, parfois sous l’occupation ou l’influence directe de l’Union soviétique,et
privés de liberté, de souveraineté, de dignité, de droits fondamentaux et de
développement socio-économique;
E. considérant que si les crimes du régime nazi ont été jugés et punis lors du procès de
Nuremberg, il reste urgent de sensibiliser l’opinion publique, de dresser un bilan moral
de cette période et de mener des enquêtes judiciaires sur les crimes du stalinisme et
d’autres dictatures;
F. considérant que, dans certains États membres, la loi interdit les idéologies communiste
ou nazie;
G. considérant que l’intégration européenne a constitué, dès l’origine, une réponse aux
souffrances causées par les deux guerres mondiales et la tyrannie nazie qui a conduit à
l’Holocauste, ainsi qu’à l’expansion des régimes communistes totalitaires et non
démocratiques en Europe centrale et orientale, et que cette intégration a permis de
surmonter de profondes divisions et de vives hostilités grâce à la coopération et à
l’intégration, de mettre un terme à la guerre et de garantir la démocratie en Europe;
considérant que, pour les pays européens qui ont souffert de l’occupation soviétique ou
d’une dictature communiste, l’élargissement de l’Union européenne à partir de 2004 a
marqué leur retour au sein de la famille européenne, à laquelle ils appartiennent;
H. considérant qu’il convient d’entretenir la mémoire du passé tragique de l’Europe, afin
d’honorer les victimes, de condamner les auteurs de crimes et de jeter les bases d’une
réconciliation fondée sur la vérité et l’oeuvre de mémoire;
I. considérant que la commémoration des victimes des régimes totalitaires, la
reconnaissance et la prise de conscience des séquelles, communes à toute l’Europe,
laissées par les crimes commis par les dictatures communistes, nazie et autres revêtent
une importance cruciale pour maintenir l’unité de l’Europe et de ses peuples et
construire une Europe à même de résister aux menaces extérieures contemporaines;
J. considérant qu’il y a 30 ans, le 23 août 1989, à l’occasion du 50e anniversaire du pacte
germano-soviétique, en mémoire des victimes des régimes totalitaires, deux millions de
Lituaniens, de Lettons et d’Estoniens se sont donné la main pour former la «Voie
balte», une chaîne humaine et manifestation sans précédent qui allait de Vilnius à
Tallinn en passant par Riga;
K. considérant que bien que le Congrès des députés du peuple de l’URSS ait condamné, le
24 décembre 1989, la signature du pacte germano-soviétique ainsi que les autres
accords conclus avec l’Allemagne nazie, en août 2019, les autorités russes ont rejeté
toute responsabilité dans ce pacte et ses conséquences et promeuvent désormais une
théorie selon laquelle la Pologne, les États baltes et l’Europe de l’Ouest sont en réalité
les véritables instigateurs de la Seconde Guerre mondiale;
L. considérant que la commémoration des victimes des régimes totalitaires et autoritaires,
la reconnaissance et la prise de conscience des séquelles, communes à toute l’Europe,
laissées par les crimes commis par les dictatures stalinienne, nazie et autres revêtent une
importance cruciale pour maintenir l’unité de l’Europe et de ses peuples et construire
une Europe à même de résister aux menaces extérieures contemporaines;
M. considérant que des groupes et des partis politiques ouvertement radicaux, racistes et
xénophobes incitent à la haine et à la violence dans la société, par exemple par la
diffusion en ligne de discours de haine, qui conduisent souvent à une montée de la
violence, de la xénophobie et de l’intolérance;
1. rappelle que, comme en dispose l’article 2 du traité sur l’Union européenne, l’Union est
fondée sur les valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie,
d’égalité, de l’état de droit, ainsi que de respect des droits de l’homme, y compris des
droits des personnes appartenant à des minorités; que ces valeurs sont communes à tous
les États membres;
2. souligne que la Seconde Guerre mondiale, conflit le plus dévastateur de l’histoire de
l’Europe, a été déclenchée comme conséquence immédiate du tristement célèbre pacte
de non-agression germano-soviétique du 23 août 1939, également connu sous le nom de
pacte Molotov-Ribbentrop, et de ses protocoles secrets, dans le cadre desquels deux
régimes totalitaires ayant tous deux l’objectif de conquérir le monde se partageaient
l’Europe en deux sphères d’influence;
3. rappelle que les régimes communistes et nazi sont responsables de massacres, de
génocide, de déportations, de pertes en vies humaines et de privations de liberté d’une
ampleur sans précédent dans l’histoire de l’humanité, qui auront à jamais marqué le
XXe siècle; rappelle que le régime nazi est coupable de ce crime abject qu’est
l’Holocauste; condamne sans réserve les actes d’agression, les crimes contre l’humanité
et les atteintes aux droits de l’homme à grande échelle perpétrés par les régimes
totalitaires nazi, communistes et autres;
4. témoigne son profond respect à chacune des victimes de ces régimes totalitaires et
demande aux institutions de l’Union européenne et aux parties prenantes de tout mettre
en oeuvre pour faire en sorte que ces crimes abjects contre l’humanité et ces atteintes
graves et systématiques aux droits de l’homme commis par les régimes totalitaires ne
sombrent pas dans l’oubli et soient jugés, et garantir que ces crimes ne se reproduisent
jamais plus; souligne l’importance d’entretenir la mémoire du passé, car il n’y a pas de
réconciliation sans travail de mémoire, et réaffirme qu’il s’élève d’une seule voix à tout
régime totalitaire, quelle que soit l’idéologie qui l’étaie;
5. demande à tous les États membres de l’Union de procéder à une évaluation claire et
fondée sur les principes en ce qui concerne les crimes et actes d’agression commis par
les régimes communistes totalitaires et le régime nazi;
6. condamne toute démonstration et toute propagation d’idéologies totalitaires, telles que
le nazisme et le stalinisme, dans l’Union européenne;
7. condamne le révisionnisme historique et la glorification des collaborateurs nazis qui ont
cours dans certains États membres de l’Union; s’alarme de l’acceptation, qui va
croissant, d’idéologies radicales et d’une régression vers le fascisme, le racisme, la
xénophobie et d’autres formes d’intolérance au sein de l’Union européenne; se dit
préoccupé par les informations faisant état de collusions, dans certains États membres,
entre, d’un côté, des dirigeants politiques, partis politiques et autorités chargées de faire
appliquer la loi et, de l’autre, des mouvements radicaux, racistes et xénophobes ayant
diverses étiquettes politiques; demande aux États membres de condamner ces actes le
plus fermement possible, car ils ébranlent les valeurs de l’Union que sont la paix, la
liberté et la démocratie;
8. demande à tous les États membres de célébrer le 23 août, Journée européenne de
commémoration des victimes des régimes totalitaires, tant au niveau de l’Union qu’au
niveau national, et de sensibiliser la jeune génération à ces problématiques en
incorporant, dans les programmes et manuels scolaires de toutes les écoles dans l’Union
européenne, l’histoire des régimes totalitaires et l’analyse des séquelles qu’ils ont
laissées; demande aux États membres de soutenir la conservation de traces écrites du
passé trouble de l’Europe, par exemple en faisant traduire les comptes rendus des procès
de Nuremberg dans toutes les langues de l’Union européenne;
9. demande aux États membres de condamner et de combattre la négation de l’Holocauste
sous toutes ses formes, notamment la banalisation et la minimisation des crimes commis
par les nazis et leurs collaborateurs, et de veiller à ce que les discours politiques et
médiatiques soient exempts de ce type de banalisation;
10. réclame une culture mémorielle partagée, qui dénonce les crimes commis par le passé
par les régimes fasciste, stalinien et autres régimes autoritaires, de manière à permettre
notamment à la jeune génération d’acquérir la résilience nécessaire pour faire face aux
menaces auxquelles la démocratie est confrontée à l’heure actuelle; invite les États
membres à encourager l’éducation, par l’intermédiaire de la culture grand public, à la
diversité de nos sociétés et à la connaissance de notre histoire commune, notamment les
atrocités de la Seconde Guerre mondiale, telles que l’Holocauste, et la déshumanisation
systématique des victimes pendant de nombreuses années;
11. demande que le 25 mai (anniversaire de l’exécution de Witold Pilecki, héros
d’Auschwitz) soit proclamé Journée mondiale des héros de la lutte contre le
totalitarisme, ce qui constituera une marque de respect et un hommage à tous ceux qui,
en luttant contre la tyrannie, ont fait preuve d’héroïsme et d’un véritable amour du genre
humain et indiquera clairement aux générations futures quelle attitude il faut adopter
face à la menace de l’asservissement totalitaire;
12. demande à la Commission de fournir un soutien concret aux projets de travail de
mémoire et de souvenir historique dans les États membres ainsi qu’aux activités de la
plateforme pour la mémoire et la conscience européennes, et d’affecter des ressources
financières suffisantes, dans le cadre du programme «L’Europe pour les citoyens», au
soutien à la commémoration et au souvenir des victimes du totalitarisme, comme
demandé dans la position du Parlement sur le programme «Droits et valeurs»
2021-2027;
13. déclare que l’intégration européenne en tant que modèle de paix et de réconciliation
résulte du libre choix des peuples de l’Europe de s’engager sur la voie d’un avenir
partagé et que l’Union européenne a la responsabilité particulière de promouvoir et de
préserver la démocratie, le respect des droits de l’homme et l’état de droit, non
seulement à l’intérieur mais aussi à l’extérieur de son territoire;
14. fait observer qu’en adhérant à l’Union européenne et à l’OTAN, les pays d’Europe
centrale et orientale ont non seulement pu retourner dans le giron de l’Europe libre et
démocratique, mais ont aussi réussi, avec l’aide de l’Union euro, à mettre en oeuvre des
réformes et à entrer dans une dynamique de développement socio-économique; souligne
toutefois que la possibilité d’adhérer à l’Union devrait demeurer ouverte à d’autres pays
européens, comme le dispose l’article 49 du traité sur l’Union européenne;
15. maintient que la Russie reste la plus grande victime du totalitarisme communiste et que
sa transformation en un État démocratique sera entravée aussi longtemps que le
gouvernement, l’élite politique et la propagande politique continueront de blanchir les
crimes communistes et de glorifier le régime totalitaire soviétique; invite par conséquent
la société russe à accepter son passé tragique;
16. s’inquiète vivement des efforts déployés par les dirigeants de la Russie d’aujourd’hui
pour déformer les faits historiques et blanchir les crimes commis par le régime
totalitaire soviétique; considère ces tentatives comme un élément dangereux de la guerre
de l’information qui est menée contre l’Europe démocratique et qui cherche à diviser
notre continent; demande dès lors à la Commission d’agir de manière décisive pour
contrecarrer ces tentatives;
17. se dit préoccupé par le fait que des symboles de régimes totalitaires continuent à être
utilisés dans les espaces publics et à des fins commerciales, tout en rappelant qu’un
certain nombre de pays européens ont interdit l’utilisation de symboles nazis et
communistes;
18. constate que le maintien, dans les espaces publics (parcs, places, rues, etc.) de certains
États membres, de monuments et de mémoriaux glorifiant les régimes totalitaires ouvre
la voie à la dénaturation des faits historiques relatifs aux conséquences de la Seconde
Guerre mondiale ainsi qu’à la propagation d’un système politique totalitaire;
19. condamne le recours croissant par les forces politiques extrémistes et xénophobes en
Europe à la dénaturation des faits historiques et leur emploi d’une symbolique et d’une
rhétorique qui font écho à certains aspects de la propagande totalitaire, à savoir le
racisme, l’antisémitisme et la haine à l’égard des minorités, sexuelles ou autres;
20. invite instamment les États membres à veiller au respect des dispositions de la
décision-cadre du Conseil, afin de lutter contre les organisations qui diffusent des
discours de haine et sèment la violence dans l’espace public et en ligne, et à interdire
véritablement les groupes néofascistes et néonazis et toute autre fondation ou
association qui exalte et glorifie le nazisme et le fascisme ou toute autre forme de
totalitarisme, tout en respectant l’ordre juridique national et la compétence nationale en
la matière;
21. souligne qu’il convient de continuer de puiser dans le passé tragique de l’Europe
l’inspiration morale et politique nécessaire pour relever les défis du monde
contemporain, et en particulier pour lutter pour un monde plus juste, bâtir des sociétés et
communautés tolérantes et ouvertes qui accueillent les minorités sexuelles, religieuses
et ethniques, et s’assurer que les valeurs européennes bénéficient à tous;
22. charge son Président de transmettre la présente résolution au Conseil, à la Commission,
aux gouvernements et aux parlements des États membres, à la Douma d’État de la
Fédération de Russie ainsi qu’aux parlements des pays du partenariat oriental.


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