La Libération de Buchenwald au jour le jour – 8 avril 1945 (2nde partie)

8 avril 1945 (2e partie)

L’ingénieur aéronautique Marcel Bloch a été pris pour partir en transport, le 8 avril. « Je me trouvais sur les rangs, écrit-il dans ses Mémoires, lorsqu’un homme portant un brassard qui indiquait sa qualité de policier du camp, Lagerschutz, me dit : « suivez moi, vous êtes sous la protection du parti communiste ». Il me conduisit à un autre Block où le tri pour le départ avait déjà été fait, ce qui me permit d’attendre trois jours la libération du camp ».

Le futur Marcel Dassault a été placé en internement administratif par le secrétaire d’Etat à l’aviation du gouvernement de Vichy, le général Jean Bergeret, le 6 octobre 1940. Comme Dewoitine et Paul Louis Weiller, autres constructeurs aéronautiques juifs, Marcel Bloch est considéré comme un « individu dangereux pour la sureté de l’Etat » et accusé de « gestion non conforme. » Il est, pour Bergeret, à l’origine, avec ses deux autres collègues, de « l’impréparation de l’armée de l’Air en mai 1940. » Tenant d’une ligne très dure à l’égard des juifs, Bergeret transforme l’internement de Bloch en détention. En mars 1944 alors que Dassault, après de très nombreux transferts est incarcéré à la prison hôpital d’Ecully, il est remis à la Gestapo et conduit à la prison de Montluc, à Lyon. En juillet il est envoyé à Drancy. Le 17 août le commandant du camp, Aloïs Brunner, l’embarque avec quelques autres « personnalités-otages », dans le wagon d’un train de la Luftwaffe, qui sera rattaché au dernier convoi parti de Compiègne direction Buchenwald où Bloch, arrivé le 22, est immatriculé le 25 août avec un numéro déjà utilisé, celui d’un détenu décédé. La substitution est vite découverte par les SS. Bloch fait l’objet d’un intérêt certain. On lui propose de diriger une usine. Il refuse. Pour le protéger, la résistance du camp lui attribut un nouveau numéro matricule, et le cache au Revier, l’hôpital du camp, puis au Block 61 du petit camp. C’est de là qu’il a été chassé le 8 par les SS.

Le Lagerschutz qui a réussi à enlever Dassault du transport se nomme Karl Madiot. Notaire à Saint-Brieuc, il est arrivé au camp le 5 septembre 1943. Ce sont ses aptitudes militaires qui ont fait de lui l’un des responsables du groupe de choc de la brigade française d’action libératrice, les détenus armés de la résistance française dans le camp.