La Libération de Buchenwald au jour le jour – 9 avril 1945

9 avril 1945

Un nouveau transport est en préparation : 5 000 détenus, regroupés dans les bâtiments de la DAW. Direction Flossenbürg, en train. Le transfert s’effectuera sur les derniers kilomètres à pied, le train ayant été bombardé.

Le 8 avril, vidant les Blocks méthodiquement et avec une brutalité inouïe, à coup de révolver, à coups de matraque, les SS se sont arrêtés au Block 44. Le 9, ils continuent le carnage. Madiot, le Lagerschütz, avec Lastennet, avec Arnould, chacun de leur coté, s’efforcent de faire sortir de chaque colonne qui se forme les Français. Ils en assurent officiellement l’encadrement et tentent des manœuvres audacieuses. Mener la colonne en ordre vers la Tour, la fameuse porte d’entrée du camp, mais faire effectuer à leur colonne un demi-tour dans le plus bel ordre avant la sortie et lui faire regagner son point de départ.. « Ce fut extraordinaire et efficace » écrira plus tard Pierre Durand. Perdre du temps sur l’évacuation, gagner du temps pour la libération.

Dans « Les jours de notre mort », David Rousset a dit le rôle officiel des Lagerschutz, cette police des détenus proposée en juin 1942 aux SS afin d’assurer ordre et discipline dans le camp, surveiller la circulation des détenus entre les différentes parties du camp, réprimer les vols. Mais loin d’être des supplétifs, les Lagerschutz sont au service de la résistance clandestine du camp, Rousset écrit qu’ils disposent d’une liberté de manœuvres exceptionnelle pour l’action clandestine. D’abord uniquement composée d’Allemands cette structure de l’administration détenue a fini par intégrer des étrangers. Son effectif total est de 120 hommes, dont 15 Français. De ceux-ci, Henri Guilbert , un FTP parisien, est le responsable. C’est lui qui a le contact avec les deux chefs de la résistance française dans le camp, Frédéric Henri Manhès et Marcel Paul, le gaulliste et le communiste. Ce dernier est en contact avec la résistance allemande sans laquelle rien ne peut être entrepris.

La Lagerschutz est un des éléments qui compose l’organisation militaire clandestine internationale de Buchenwald. En avril 1945, cette organisation repose sur huit cent cinquante membres répartis dans cent soixante dix-huit groupes agissant dans la plus absolue clandestinité. Les Français y tiennent une place importante. Eux mêmes sont regroupés au sein d’une Brigade française d’action libératrice, la BFAL, très organisée, et se préparant à un véritable soulèvement libératoire. Même si les évacuations fragilisent cette organisation, elle tient.