La Libération de Buchenwald au jour le jour – 10 avril 1945

10 avril 1945

L’évacuation totale du camp doit s’achever. Trois nouveaux transports sont prévus, chacun d’environ 4 000 détenus. Le premier vers Flossenbürg, le second vers Dachau, le troisième vers Flossenbürg d’abord puis, en fait, Dachau. Le premier convoi aura pour destination finale Theresienstadt, 28 jours plus tard. Son parcours est jalonné de centaines de morts. Si on sait que dans chaque transport, on a souffert terriblement du manque de nourriture, ici on parle de cas de cannibalisme.

Le dernier convoi est retardé par un bombardement allié sur la gare de Weimar et ne partira que le 11 avril au matin.

Il reste un peu plus de 20 000 détenus dans le camp, loin d’être tous malades ou invalides. C’est un nombre d’hommes important, la moitié des effectifs initiaux, difficile à faire disparaître sans qu’ils résistent. Pourtant le commandant du camp décide d’organiser leur liquidation. Ce sont les ordres.

Il lui faut mobiliser sa garnison ; boucler le camp ; trouver des spécialistes de ce sale boulot ; bloquer les Américains qui arrivent.

La garnison présente au camp s’est réduite. Chaque départ s’est accompagné du départ d’environ 250 gardes d’encadrement. Il ne reste plus que 1 700 hommes. C’est peu face à des détenus déterminés et Pister sait qu’ils le sont, même si des forces vives préparées à la lutte ont été embarquées dans les évacuations. Le matin même, 800 prisonniers de guerre soviétiques prêts au combat, ou les détenus du block 26, des Français dont certains membres de la BFAL.

Pister a récupéré des réservistes, des vétérans du front de l’Est, des jeunes mercenaires ukrainiens, des vétérans de 14-18 enrôlés dans les milices et des Hitlerjugend. Mais ceux là ne sont pas de taille à faire les exterminateurs. C’est tout juste si ils peuvent composer un périmètre de défense autour du camp, remplacer des sentinelles.

Il lui faut un kommando d’assassins. Le nom de la division SS Das Reich a été évoqué. On se souvient de l’itinéraire sanglant qu’elle a suivi en France, en juin 1944, de Montauban vers les plages de Normandie. Elle a depuis rejoint l’Allemagne, a été envoyée à Varsovie, puis à Budapest. En mars 1945, elle est en Tchécoslovaquie où, en mai, les Américains la retrouveront. La Das Reich ne sera pas à Buchenwald.

Mais il est certain qu’un kommando de tueurs était en route de Weimar, le 11 avril.

Pour ralentir l’avancée des troupes américaines, une partie de la garnison du camp en coupe les principaux accès et met en place un large périmètre de défense qui opposera une forte résistance.

Erfurt, à moins de 20 kilomètres est en train de tomber aux mains de la 3e armée américaine. Bertrand Herz, évacué du camp extérieur de Niederhorschel, est très proche de Buchenwald, le 10 avril au soir et écrit, dans « le Pull-over de Buchenwald » (Tallandier 2015) « Le ciel derrière nous était plein d’illuminations, probablement ai-je pensé, les balles et les obus traçant des Américains » . Si l’on reconstitue son itinéraire, ce qu’il a fait après guerre, il vient effectivement de traverser, sans s’en apercevoir, la ligne de front et l’itinéraire suivi par l’une des deux colonnes de Blindés qui vont frôler et dépasser Buchenwald du coté nord est, le 11 avril.

Patton a repris sa marche en avant. Bataillon par bataillon on peut suivre l’avancée de ses troupes. Le 10 au soir, alors que la bataille d’Erfurt n’est pas terminée, les commandants des 4e et 6e divisions blindées se voient assigner un objectif : se saisir des ponts sur la Saale, la rivière qui traverse Jena, à l’est de Weimar et de Buchenwald. A l’est ! Les 6 colonnes de blindés qui sont formées vont suivre chacune un itinéraire différent, afin d’éviter de possibles embouteillages, tels ceux qui s’étaient produits pour la Wehrmacht dans les Ardennes en mai 1940 et aurait pu, si les troupes britanniques et françaises avaient réagi, arrêter, sinon ralentir, l’invasion de la France.

La 6e division blindée de la 3e armée américaine va donner l’assaut en traversant le plateau de Thüringe. L’une de ses unités la CT9 va longer l’Ettersberg, sa forêt, et le camp de Buchenwald. Dans ses rangs, le capitaine Benett. La 4e DB, elle, va passer plus au sud et se glisser entre l’Ettersberg et Weimar, un itinéraire plus difficile. Comme le relève, Georges Beauchemin dans son livre très documenté, Le triomphe de l’entendement, (Editions Amalthée 2020) , l’un des trajets possibles traverse Buchenwald.

Imaginons, fonçant d’Erfurt vers Jena, 6 colonnes parallèles de tanks, suivis d’engins chenillés, de camions, de jeep, de quelques milliers d’hommes, sur un front large d’une vingtaine de kilomètres, trouvant des points de résistance dans chaque village traversé, retardés par des ponts coupés, soutenus par un appui aérien de chasseurs bombardiers monomoteur Thunderbolt. Elles avancent vers l’Est.

Marche de la mort