La Libération de Buchenwald au jour le jour – 11 avril 1945 (1ere partie)

11 avril 1945 – 1ere partie

« A l’issue de dix jours de marche, j’arrive au camp de Buchenwald le 10 avril 1945 vers dix heures du soir, écrit Bertrand Herz. Je vais avoir 15 ans, je suis épuisé, je ne sais pas où sont les Américains (…) j’ai une peur panique d’arriver dans cet immense camp que j’ai quitté quatre mois plus tôt. Que va-t-il m’arriver au milieu de cette foule de déportés et de SS. (…) Nous nous planquons, avec quelques camarades, dans le bloc 47 du grand camp et nous n’en sortons plus. (…) Nous passons la nuit du 10 au 11 dans la crainte et sans manger, car nous n’osons pas sortir du bloc ; le camp de Buchenwald garde un inquiétant mystère… ».

Pas d’appel, pas de soupe, pas de SS raflant des détenus pour organiser un convoi. Des bruits puissants d’artillerie lourde dans le lointain, des crépitements de mitrailleuses. Les combats se sont rapprochés

Hans Eiden et Franz Eichhorn sont convoqués par Pister à la Tour, la porte du camp, à 1O heures. Le premier est le doyen du camp, c’est à dire le détenu auxquels les SS ont confié l’administration interne. Il est au camp depuis septembre 1939, matricule 6222, après avoir été arrêté dés 1933 et emprisonné en 1936. Militant communiste et dirigeant de la Ligue contre le fascisme. Il est Lagerälteste depuis la fin 1944. Le second est interné à Buchenwald depuis janvier 1938. Opposant au régime, non communiste, il a été arrêté en 1935 et condamné en 1937. Coiffeur de son état, il exerce au camp son métier pour les hauts gradés et leurs épouses. Le 3 ou 4 avril Il a fait passer à Pister un message cosigné de quelques détenus importants : l’ancien ministre belge des Affaires étrangères Eugène Soudan, qui a rejoint la France Libre en 1942, été arrêté en aout 1943 et déporté en janvier 1944 ; le sous-secrétaire d’Etat français André Marie, arrêté en septembre 1943 et déporté en décembre ; le capitaine Christopher Burney, agent du SOE britannique, section F, arrivé en janvier 1944 et l’officier de marine hollandais Cool. Ceux-ci ont promis à Pister de témoigner en sa faveur dans leur pays respectifs si Pister n’obéissait pas aux ordres d’évacuation et de liquidation du camp. Le commandant a répondu « qu’entre un ordre et son exécution, il pouvait laisser s’écouler un certain délai ».

Le 8 avril, avec la complicité du docteur Ding-Schuler, qui dirige les expériences médicales et chimiques menées aux blocs 46 et 50, le détenu Eugene Kogon (qui sera le premier à écrire une synthèse, des 1946, sur le système concentrationnaire nazi sous le titre de L’Etat SS) son secrétaire, parvient à descendre à Weimar et à poster un courrier adressé à Pister, courrier prétendument rédigé par un militaire britannique. Pister y est menacé de poursuites si les évacuations continuent.

Le commandant du camp a reçu cette lettre le 10 avril.

Ce que Pister annonce, le 11 avril 1945, à 10 heures, à Eiden et à Eichhorn, c’est le retrait des SS, l’abandon du camp, dont, symboliquement, il remet les clés à Eiden.

Piège ou vérité ?

Eugene Kogon en 1947