Message de l’AFBDK pour le 75e anniversaire de la libération de Buchenwald

11 AVRIL 2020

75 ans après le 11 avril 1945, nous honorons la mémoire des déportés de Buchenwald et saluons le combat clandestin pour la dignité et la destruction du nazisme que beaucoup ont mené au péril de leur vie.

A Buchenwald et dans ses 139 kommandos, entre 1937 et 1945, 249.570 hommes et 28.230 femmes de plus de cinquante nationalités ont été enfermés, dont plus de 20.000 hommes et 1.800 femmes français. Parmi eux, 56.000 ont été assassinés ou sont morts des terribles conditions imposées par les nazis.

En ce jour, nos pensées sont solennellement tournées vers les disparus et les survivants, ainsi que leurs familles.

Nous adressons à la poignée de derniers rescapés un message d’amitié et de fraternité, renforcé par les circonstances extraordinaires actuelles qui empêchent la tenue des commémorations prévues et provoquent l’isolement de tous.

Le 11 avril 1945, les troupes américaines découvraient le camp de concentration de Buchenwald. Les combats avaient provoqué la fuite des SS et permis le déclenchement d’une insurrection des déportés, préparée depuis plusieurs mois et menée courageusement par les membres de l’organisation clandestine de Résistance. Les libérateurs étaient accueillis par les survivants, les armes à la main, un événement unique et majeur.

Buchenwald était alors le plus important des camps nazis.

Buchenwald allaient devenir le symbole de cette Résistance à l’oppression nazie qui s’est poursuivie au cœur de l’enfer concentrationnaire.

Réunies au sein du Comité des intérêts français dirigé par Frédéric Henri Manhès et Marcel Paul, les familles de la Résistance française refusèrent de céder à l’abattement et organisèrent au mieux dans des conditions dramatiques, la solidarité, le sabotage, le soutien moral et le sauvetage des vies, en s’appuyant particulièrement sur la composante communiste.

Au nom de ce combat commun contre le IIIe Reich, nous ne saurions admettre que la spécificité du nazisme et du fascisme soit niée et que les nazis et leurs collaborateurs soient confondus avec ceux qui en furent des opposants de premier plan, au mépris de l’histoire et des mérites rendus. Nous dénonçons également toutes les tentatives de négation ou de banalisation des crimes nazis, qui visent à réhabiliter en Allemagne et ailleurs les meurtriers, leurs complices et relégitimer les tenants d’une idéologie coupable et de ses dérivés.

Nous saluons la mémoire des soldats alliés qui sacrifièrent leur vie pour défaire le IIIe Reich et ses complices, permettant ainsi aux survivants de retrouver la liberté.

75 ans après le 11 avril 1945, nous proclamons notre fidélité au souvenir des déportés de Buchenwald en refusant l’oubli de leurs vies, de leurs combats et de leur martyr, et l’absolue nécessité de l’enseignement de l’histoire du système concentrationnaire et génocidaire nazi et de la transmission de la mémoire des victimes, par-delà les époques et les générations.

Ces quelques années dans l’histoire de l’humanité marquent bien au-delà par les ressorts qui incarnent la propension des hommes à s’autodétruirent et à remettre en cause l’unicité de l’espèce humaine.

Le « Serment de Buchenwald », adopté le 19 avril 1945 sur l’ancienne place d’appel, proclame : « Notre idéal est la construction d’un monde nouveau dans la paix et la liberté ». Cette proclamation demeure la nôtre plus que jamais, rescapés, familles de déportés, amis membres de l’Association française Buchenwald, Dora et Kommandos. Au nom de cet héritage, nous refusons toutes les dérives autoritaires et rappelons notre profond attachement aux valeurs républicaines et démocratiques, face aux menaces qui n’ont pas disparues et qui se développent encore et toujours, sous de nouveaux et d’anciens visages.

Gardons vivante la mémoire des déportés de Buchenwald et des camps nazis, gardons vivante la vigilance et l’espérance qu’ils nous ont léguées.

Olivier LALIEU

Président de l’Association française Buchenwald, Dora et Kommandos