Dieppe : voyage de mémoire pour les collégiens

Dieppe : voyage de mémoire pour les collégiens

Mémoire. 43 élèves de troisième se sont rendus aux anciens camps de Buchenwald et Dora en Allemagne, pour faire perdurer le souvenir.

Les « jardiniers du passé » cultivent la mémoire. Pour la 27e année, le comité régional de Normandie de l’association Française Buchenwald-Dora et Kommandos a organisé un voyage de mémoire avec des élèves de troisième du département. Sur la base du volontariat, ceux-ci ont dû rédiger une lettre de motivation. Ils étaient 75 à présenter leur candidature. Vendredi, ce sont quarante-trois élèves de huit collèges de Dieppe, Le Tréport, Longueville-sur-Scie, Neuville-lès-Dieppe, Harfleur, Valmont et Gonfreville-l’Orcher qui ont pris le bus pour l’Allemagne, accompagnés de professeurs et de membres de l’association.

Hommage solennel

Au programme, quatre jours de visites dans le secteur de Weimar, avec la découverte des camps de concentration de Buchenwald et de Dora, puis du Kommando Ellrich, et également une visite guidée du lieu où furent fabriqués les fours crématoires du système concentrationnaire. Un voyage en lien avec le programme d’histoire des collégiens, mais qui nécessite une certaine maturité, d’après les membres de l’association qui ont décidé de faire voyager des collégiens de 14-15 ans. « Forcément les élèves sont confrontés à des choses assez difficiles, beaucoup disent que c’est le voyage de leur vie… Ce qui est sûr c’est qu’à la fin, on les ramène très différents », explique Quentin Dubost, président du comité régional de l’association, qui a lui-même fait ce voyage plus jeune, avant de confier : « On sait qu’on a atteint le but du voyage quand un élève nous dit : mais cet enfant, il avait l’étiquette rouge, ce qui signifie opinion politique. Mais nous, on n’a pas d’idée politique à notre âge ! »

Avant leur départ, tous les participants au voyage étaient rassemblés à l’hôtel-de-ville de Dieppe pour un hommage. Nicolas Langlois, maire de Dieppe, et la municipalité ont déposé des fleurs au pied de la porte de la Résistance, dans le parc François-Mitterrand, après l’avoir franchie symboliquement avec tous les élèves.

Publié 10/04/2018 21:50
Mise à jour 10/04/2018 21:50
Les photos volées de Georges Angéli, déporté de Châteaudun au camp de Buchenwald

Les photos volées de Georges Angéli, déporté de Châteaudun au camp de Buchenwald

Ancien photographe à Châteaudun, Georges Angéli a, aussi, été photographe clandestin au camp de Buchenwald de 1943 à 1945.

Georges Angéli a été photographe à Châteaudun pendant treize ans. Mais très peu de Dunois savent que son métier lui a sauvé la vie pendant la Seconde Guerre mondiale. « Il était discret », confient, hier, Josiane Angéli et Catherine Glasz, respectivement belle-fille et fille de Georges Angéli, lors de l’installation de l’exposition « Regard d’un photographe résistant déporté à Buchenwald » à la médiathèque de Châteaudun.

Déporté au camp de concentration de Buchenwald (Allemagne) en juin 1943, Georges Angéli est affecté au service d’identification, c’est-à-dire le laboratoire qui se charge de photographier les détenus à leur arrivée et qui pouvait, également, réaliser des reportages ou prendre des clichés officiels des responsables SS. « Mon père faisait uniquement le tirage des négatifs qui étaient développés par un autre prisonnier. Il n’a jamais eu l’occasion d’assister à une prise de vue ni d’en faire », raconte Catherine Glasz.

Il était conscient qu’il prenait des risques considérables
Un jour, Georges Angéli a décidé de faire des tirages en double de photos prises par les Allemands qui témoignaient de la réalité du camp. Il y avait des portraits du personnel chargé de la surveillance des camps, des photos de leurs familles, des portraits signalétiques de déportés mais aussi des photos d’exécutions et de morts. « Il rangeait ces photos dans une boîte métallique cachée sous le plancher de son labo et était conscient qu’il prenait des risques considérables. »

Josiane Angéli et Catherine Glasz, respectivement belle-fille et fille de Georges Angéli, se réjouissent que la médiathèque de Châteaudun rende hommage à ce « photographe résistant déporté à Buchenwald ».
En fouillant dans le grenier de la baraque, Georges Angéli découvre un carton avec des appareils très rudimentaires. Parmi eux, un Zeiss Ikon Box Tengor très simple qui ne nécessitait pas de régler la mise au point. Un appareil idéal pour faire des photos clandestines.
Un dimanche après-midi, en juin 1944, Georges Angéli profite que les SS soient en famille, et cache son appareil dans un papier journal. Il l’oriente sans avoir besoin de regarder dans le viseur et photographie tout ce qu’il l’intéressait dans le camp. Il prend une douzaine de vues qui témoignent de la vie au camp en dehors du travail forcé et rejoignent les photos tirées en double dans la boîte en fer.

« Ses photos sont connues dans le monde entier »
En août 1944, un bombardement détruit le laboratoire et Georges Angéli enterre sa boîte au pied de l’escalier qui menait à l’étage supérieur du Block 40. Il va la récupérer le lendemain de la libération du camp et garder un œil dessus jusqu’à son rapatriement.

« Il disait que ses photos n’étaient pas de grande qualité mais que c’était un fameux souvenir, rappelle sa fille. Ses photos sont connues dans le monde entier et sont désormais exposées à Buchenwald. Elles constituent un témoignage unique et il a risqué sa vie pour montrer au monde ce que les déportés ont vécu. Il est sorti usé mais debout de Buchenwald et a consacré sa vie au devoir de mémoire, jusqu’à l’épuisement. » En 2005, à 85 ans, Georges Angéli disait « Regardez le monde dans quel état il est ! Tout ce qu’on a raconté de l’horreur nazie n’a servi à rien. » Il est resté un éternel insoumis jusqu’à son décès en 2010.

Frédéric Levent –  Publié le 04/04/2018

Exposition jusqu’au 24 avril à la médiathèque de Châteaudun. Visites pour les écoles, collèges, lycées et associations sur rendez-vous au 02.37.45.23.54. auprès de la directrice Christine Fernandez.

Retrouver l’article sur le site de L’Écho Républicain

RETROUVER LES PHOTOS DE GEORGES ANGELI SUR NOTRE SITE

COLLOQUE : « LA CONDITION DES  » NOMADES  » DE L’INTERNEMENT À LA QUESTION DE L’HOSPITALITÉ »

COLLOQUE : « LA CONDITION DES  » NOMADES  » DE L’INTERNEMENT À LA QUESTION DE L’HOSPITALITÉ »

JEUDI 24 et VENDREDI 25 MAI 2018 à l’Université catholique de l’Ouest, Amphi Saint Anselme, 3 place André Leroy 49000 Angers 

Près de deux ans après l’hommage national rendu par le Président de la République à Montreuil Bellay devant les familles, descendants et associations des gens du voyage internés de force de 1940 à 1946, ce colloque international et interdisciplinaire entend montrer les logiques conduisant à l’internement puis à la déportation de nombreux nomades à travers toute l’Europe.

Il appréhendera également les difficultés actuelles à concevoir l’égalité dans la diversité, à accepter la non sédentarité, à vivre le dialogue interculturel et interconvictionnel ou à promouvoir l’hospitalité. Il s’agira alors de penser les conditions d’une prise en compte des populations marginalisées et discriminées ; et ce, à partir d’apports historiques (les travaux de Jacques Sigot), philosophiques (Levinas et Derrida), psychologiques (les recherches à la suite de Boris Cyrulnik), éthiques et religieux, en portant le souci de la dignité humaine et d’une meilleure vie en commun.

Entrée libre sur inscription à www.colloque-nomades.uco.fr

Renseignements : colloquenomades@uco.fr | 02 41 81 67 37

TÉLÉCHARGER LE PROGRAMME

 

Cérémonies du 73ème anniversaire de la libération des camps de Buchenwald et de Dora

Cérémonies du 73ème anniversaire de la libération des camps de Buchenwald et de Dora

Les rescapés de Buchenwald, Dora et de leurs kommandos ne sont plus qu’une poignée. Nous nous devons de perpétuer la mémoire de nos déportés en participant nombreux à la traditionnelle cérémonie devant notre monument au Père Lachaise et au ravivage de la Flamme du soldat inconnu. La présence de chacun contribue à cet hommage solennel et à la transmission auprès des nouvelles générations.

Mercredi 11 Avril 2018 à 15H30 au Père Lachaise

Discours et Fleurissement du Monument de l’Association française Buchenwald-Dora et Kommandos en présence des élèves du Collège Juliot- Curie de Stains lauréat du prix national spécial «Passeurs d’Histoire » du CNRD 2017.
Chant des Marais et Marseillaise par la chorale des élèves du Collège


Mercredi 11 Avril 2018 à 18H30 à l’Arc de Triomphe

Fleurissement et Ravivage de la Flamme.
En présence de la Musique des Gardiens de la Paix de la Préfecture de Police de Paris

Rendez-vous à 17H30 sur les Champs-Elysées
(en haut de l’avenue des Champs-Elysées côté avenue Friedland devant l’escalier d’accès au musoir)


Mercredi 11 Avril 2018 à 20H30
à la Mairie du 4ème arrondissement de Paris

Concert « Musique et Création dans l’univers concentrationnaire nazi » avec la participation des élèves du Collège Juliot- Curie de Stains lauréat du prix national spécial «Passeurs d’Histoire » du CNRD 2017

Entrée libre dans la limite des places disponibles


Association française Buchenwald Dora et Kommandos |3-5 rue de Vincennes 93100 Montreuil – Tel :01 43 62 62 04 – Fax : 01 43 62 63 08 – Mail : contact@buchenwald-dora.fr – Site : asso-buchenwald-dora.com – Blog : //assobuchenwald.wordpress.com

Triangles Rouges à Buchenwald

Triangles Rouges à Buchenwald

Le financement du film « Triangles Rouges à Buchenwald » est désormais acquis, grâce à la campagne inédite de financement participatif (crowdfunding) organisée par notre Association et le site helloasso pour le soutien de ce film réalisé par Anice Clément (Auteur, productrice, ancienne journaliste à Radio France) et son fils Edwin Morizet.

Le 10 mars 2018,  Anice Clément (à gauche) et Edwin Morizet (à droite) ont reçu des mains de Bertrand Herz, déporté et vice-président, d’Olivier Lalieu, président et d’Edith Robin, secrétaire générale un chèque de 8 000€, qui leur permet de financer le travail de post-production.

Nous remercions chaleureusement tous les participants et acteurs de cette campagne pour leur confiance et pour leur contribution qui ont rendu possible la sortie prochaine de ce film.

La générosité des donateurs fait œuvre d’histoire.

« Triangles rouges à Buchenwald »  est le premier film documentaire sur les déportés de France au camp de Buchenwald. Le regroupement des témoignages de Floréal Barrier, Aron Bulwa, Bertrand Herz, Jacques Moalic, François Perrot, Raymond Renaud et Gaston Viens, déportés au camp de concentration  Buchenwald lui confère une richesse exceptionnelle.
Jusqu’à présent, nous disposions de témoignages individuels épars et rarement de témoignages filmés. Il s’agit donc d’une œuvre pionnière, un documentaire synthétisant de manière construite de multiples témoignages sur la résistance des Français dans le camp de Buchenwald.
Les tournages et les interviews ont été réalisés en intégralité entre Janvier 2014 et Septembre 2016.

Contact : Association Française Buchenwald Dora et Kommandos
3/5 Rue de Vincennes 93100 MONTREUIL – 01 43 62 62 04 – contact@buchenwald-dora.fr

Allemagne : le mémorial de Buchenwald en difficulté financière

Allemagne : le mémorial de Buchenwald en difficulté financière

ARTICLE DU PARISIEN.FR du 13 mars 2018

A quelques semaines des commémorations de la libération du camp de concentration de Buchenwald, le Mémorial ne parvient plus à boucler son budget.

Un temple de la mémoire en péril. Le mémorial de Buchenwald – camp de concentration nazi créé en juillet 1937 sur la colline d’Ettersberg près de Weimar, en Allemagne – est, pour la première fois de son histoire, en proie à des difficultés financières.

Pour la première fois cette année, le musée-mémorial doit financer le séjour des survivants déportés appelés à se déplacer lors des commémorations de la libération du camp, en avril prochain. Le directeur de la fondation qui gère le lieu de mémoire, Volkhard Knigge, vient de lancer un cri d’alarme, en évoquant dans la presse locale un problème de financement de l’institution.

Le coût d’exploitation de l’institution a fortement augmenté et, selon Volkhard Knigge, une augmentation de 10 % de ses ressources est nécessaire pour faire face à toutes les tâches du site commémoratif. Les sites de Buchenwald et Mittelbau-Dora, connexe, reçoivent actuellement 7,2 millions d’euros de la part de la région de Thuringe.

Les voyages des anciens détenus financés par des dons

Le déficit du mémorial s’élève actuellement à 350 000 euros et risque de passer la barre des 500 000 euros d’ici à la fin de l’année. « Les fonds de fonctionnement pour les expositions, les conférences ou les achats ne sont déjà plus disponibles », a déclaré l’historien. Même pour les tâches éducatives à venir, il n’y a presque pas assez de personnel disponible se lamente-t-on sur le site de Buchenwald.

A l’heure actuelle, la fondation attend 19 anciens déportés pour assister aux manifestations marquant le 73ème anniversaire de la libération des camps de concentration de Buchenwald et Mittelbau-Dora à la mi-avril. Ils viennent de Biélorussie, d’Allemagne, d’Israël, d’Italie, de Pologne, de Roumanie, de République Tchèque, d’Ukraine et des Etats-Unis. Mais le financement de leur déplacement entame le budget de l’institution dédiée au travail de mémoire.

Un appel aux dons

Les frais de déplacement, d’hébergement et de soins sont estimés à environ 53 000 euros. En raison de la situation budgétaire tendue, 100 % du financement doit être couvert par des dons, que les visiteurs et d’autres donnent aux monuments commémoratifs pour leur travail. « Nous publions des appels aux dons ciblés pour soutenir la participation d’anciens détenus à ces événements », a déclaré Knigge. Et la « Groko », la nouvelle coalition au pouvoir en Allemagne n’a pas l’intention d’augmenter le financement de l’Etat avant 2019…

La Deutsche Bahn et l’Association Buchenwald soutiennent également les voyages des anciens détenus, de leurs proches et de leurs tuteurs par le biais de voyages en train gratuits. En outre, une caisse d’épargne locale soutient cet anniversaire par un don.

La chancellerie du lander de Thuringe confirme que les problèmes financiers sont connus. L’appel à l’aide est arrivé et a déjà été intégré dans les négociations de la nouvelle « Groko », a déclaré la secrétaire d’État locale Babette Winter (SPD). Mais cette dernière, qui a participé au groupe de travail sur la culture du souvenir et, selon ses propres déclarations, a appuyé l’intention d’augmenter le budget commémoratif prévu dans l’accord de coalition. Toutefois, comme le budget pour 2018 est déjà bouclé, cela ne sera pas possible d’augmenter celui du Mémorial de Buchenwald avant 2019.

Ronan Tésorière (@RonTesoriere)| 13 mars 2018, 18h19

Des traces et des gestes – Mémoires européennes des camps nazis

Des traces et des gestes – Mémoires européennes des camps nazis

Plus de 70 ans après leur libération, les sites des anciens camps nazis ne sont pas déserts : les visiteurs y sont nombreux, les rendez-vous commémoratifs sont empreints d’une étonnante énergie. Ce deuxième âge de la mémoire n’est pas réductible à une forme inattendue de tourisme.

Ce film, qui n’est pas un recueil de témoignages sur la déportation, propose d’entendre quelques acteurs de ces pratiques, parmi les plus impliqués. Décodant les rituels officiels et les pratiques inventives qui émergent, il s’attache à repérer les gestes sociaux, à formuler du sens. Contribuant certes au souvenir du passé, mais surtout observant le présent. Qu’on en ait clairement conscience ou non, les sites concentrationnaires nazis sont désormais inscrits dans l’espace culturel de notre continent.

L’observation porte principalement sur l’ancien camp de Mauthausen, en relation constante avec ce qui s’accomplit en d’autres lieux, Buchenwald, Ravensbrück, Natzweiler-Struthof, Auschwitz.

Des traces et des gestes – Mémoires européennes des camps nazis
Documentaire de 52 minutes de Bernard Obermosser et Jean-Louis Roussel
Une production de l’Amicale française de Mauthausen
Janvier 2018

VOIR LE DOCUMENTAIRE

Les Femmes oubliées de Buchenwald

Les Femmes oubliées de Buchenwald

Depuis 1977, le 8 mars est reconnu par les Nations Unies comme la Journée internationale des femmes.
C’est l’occasion pour notre Association de rappeler que des femmes furent déportées à Buchenwald. On parle des Femmes oubliées de Buchenwald.
Agnès Triebel, qui avait, en 2005, présenté une exposition sur ce sujet sous l’égide de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, et en partenariat avec le Mémorial du Maréchal Leclerc et de la Libération de Paris/Musée Jean Moulin, évoque dans le texte qui suit « Les Femmes oubliées de Buchenwald ».

Les Femmes oubliées de Buchenwald

Depuis 1977, le 8 mars est reconnu par les Nations Unies comme la Journée internationale des femmes.
C’est l’occasion pour notre Association de rappeler que des femmes furent déportées à Buchenwald. On parle des Femmes oubliées de Buchenwald.
Agnès Triebel, qui avait, en 2005, présenté une exposition sur ce sujet sous l’égide de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation, et en partenariat avec le Mémorial du Maréchal Leclerc et de la Libération de Paris/Musée Jean Moulin, évoque dans le texte qui suit « Les Femmes oubliées de Buchenwald ».

« Des femmes oubliées » ?

Lorsque l’on parle de Buchenwald, tant à travers l’historiographie que dans l’opinion publique, on a plutôt en mémoire un camp d’hommes. Or, parmi les 238 980 internés allemands et déportés de toute l’Europe occupée par les nazis, qui ont été envoyés à Buchenwald entre 1937 et 1945, il y avait plus de 27.000 femmes (27.147 très exactement), astreintes au travail d’esclave dans 27 kommandos extérieurs de Buchenwald, c’est-à-dire près de 12% des effectifs globaux de ce camp. Cela veut dire également qu’à partir de la seconde moitié de l’année 1944, 1 détenu sur 9 de Buchenwald était une femme ou une jeune fille.
La première raison essentielle de cette perception de Buchenwald comme étant un camp d’hommes uniquement, en dépit des chiffres, tient à ce que  les prisonnières des kommandos extérieurs de Buchenwald ont été envoyées, dès la mi-44,  directement depuis les camps de Ravensbrück, d’Auschwitz-Birkenau, de Bergen-Belsen, du Stutthof, de Majdanek, de Skarzysko-Kamienna sur les lieux de production où elles allaient être exploitées comme esclaves, placées sous l’administration de Buchenwald.  A part quelques exceptions (des enquêtes à mener pour des punitions, et un convoi, celui du 19 septembre 1943 comprenant 900 détenus -dont 278  femmes, qui ont séjourné quelques jours à Buchenwald même-), les femmes de Buchenwald n’ont jamais foulé le sol de Buchenwald, sur le Ettersberg.
La deuxième raison à cette perception qui fut longtemps entièrement masculine du camp, tient au fait que les survivants hommes de Buchenwald et de ses kommandos, au moment où ils ont commencé de témoigner sur la terreur, le travail forcé, la résistance, ne savaient donc presque rien de cette réalité, ni de l’exploitation sans pitié des femmes dans les kommandos de  Buchenwald, ni de leur volonté de survivre, de leur résistance, du sabotage qu’elles ont pratiqué, bref de leur destin.

Pourquoi des kommandos de femmes gérés par des camps d’hommes ?

Parce qu’avec l’extension de la guerre totale (à partir du 18 février 1943), les camps ont été restructurés pour recevoir l’arrivée massive de déportés européens, envoyés pour être exploités dans l’industrie de guerre allemande. A cette époque, de grands convois de femmes déportées, venant principalement d’Europe de l’Est, arrivaient quasi quotidiennement à Ravensbrück. Entre février 1943  (date de la guerre totale) et décembre de la même année, plus de 10.000 matricules supplémentaires sont enregistrés à Ravensbrück. Le camp s’avérait de plus en plus saturé, mais les convois de masse transportant des femmes juives et de résistantes venues de tous les pays de l’Europe occupée, continuaient d’affluer en cet été 44 ç Ravensbrück.
Dans l’objectif d’intégrer au plus vite une main d’œuvre dont l’industrie de guerre allemande avait urgemment besoin, le Bureau central des Affaires économiques de la SS (SS-WVHA qui à Oranienburg-Sachsenhausen) a pris la décision, en juin 1944, d’abandonner le strict principe de séparation de camps d’hommes et de camps de femmes et a décrété  que des camps, qui jusqu’ici avaient géré des hommes uniquement, se verraient désormais adjoindre des kommandos de femmes venant de Ravensbrück.  Ordre a  été également donné de créer de nouveaux kommandos extérieurs de femmes, placés sous la juridiction et la gestion de camps d’hommes (Sachsenhausen (28), Dachau (28), Neuengamme (34), Flossenbürg (32), Mauthausen (12) Buchenwald).
Voilà comment Buchenwald a régné sur 27 kommandos extérieurs de femmes créés entre le 1er septembre 1944 et le mois de février 1945.

D’où venaient ces femmes détenues ?

De tous les pays d’Europe occupés par les nazis, mais en majorité de Hongrie (les Hongroises en majorité juives ont constitué le plus grand groupe : + de 10.000 femmes, suivies par les Polonaises, 9.500, puis les ressortissantes de l’Union soviétique (3.700) et les Françaises, qui furent au nombre de 1.203 femmes et jeunes filles, ayant pour la plupart d’entre elles rejoint la résistance et appartenant à différents groupements politiques.

A quelle catégorie appartenaient-elles dans les kommandos de Buchenwald ?

Elles étaient des détenues politiques : (Des Allemandes antinazies communistes pour la plupart, qui ont été internées dès 1933 dans le camp de Moringen, près de Göttingen, puis à Lichtenburg, et dès sa création, à Ravensbrück, où elles arrivent à partir de mai 1939. Elles furent plus de 800 dans les kommandos de Buchenwald)
Des Polonaises (notamment celles qui sont arrêtées pendant l’insurrection de Varsovie, celles qui sont arrêtées en action de représailles), des Françaises. (elles se constituent rapidement en groupes nationaux)
Des détenues juives (+ de 13.000) (L’extermination des Juifs de Hongrie débute au printemps 44. Nombreuses sont les Juives qui arrivent dans les kommandos de Buchenwald avec derrière elles des années de ghetto, de camps et subi la perte de tous leurs proches.
Des Tsiganes (+ de 1.000 d’Allemagne, Autriche, Hongrie). Leur extermination commence depuis 16.12.42. En aout 44, le camp des Tsiganes d’Auschwitz est liquidé. Mais les Tsiganes qui restent sont envoyés dans d’autres camps pour travailler, notamment les femmes dans les kommandos de Buchenwald.
Des prisonnières de guerre soviétiques (membres de l’Armée rouge, auxquelles les nazis avaient donné le sobriquet de « Flintenweiber » on pourrait le traduire par « carabinières », des travailleuses forcées (Zwangsarbeiterinen).

Quel travail ?

Elles ont travaillé, comme des esclaves,  de nuit comme de jour, pour 19 sociétés d’armement (les plus connues étant Krupp, BMW, Junkers, IG Farben, Rheinmetall Borsig, Allgemeine Solvay, Polte, Hugo Schneider (dit Hasag, premier producteur d’armes antichar),  et qui fut le plus grand kommando de femmes Buchenwald, avec près de 5000 détenues dont 500 Françaises. Les prisonnières ont été exploitées dans les mêmes conditions inhumaines de travail que les hommes, travaillant douze heures d’affilée, surveillées au camp par des gardiennes SS sadiques (cf. liste d’Odette Pilpoul à Hasag-Leipzig-Schönefeld) chargées de les exploiter sans merci et de faire augmenter la production, sans égard pour leur constitution physique et au plus grand mépris des conséquences de telles conditions sur leur santé. Elles travaillaient à la fabrication de munitions, dans l’industrie aéronautique (fabrication d’avions de chasse je pense au kommando de Markkleeberg), l’industrie lourde (laminage dans les aciéries Krupp à Essen), à la construction de routes et voies, aux travaux de déblaiement lors de bombardements, au déchargement de bateaux, à la fabrication de substances toxiques, d’explosifs et au remplissage de centaines de munitions et de bombes chaque jour. Les détenues juives et tsiganes étaient assignées aux travaux les plus dangereux et les plus durs et c’est pourquoi le taux de mortalité est plus élevé parmi leur groupe que dans ceux d’autres catégories de détenues. A partir d’octobre 44, 1 femme sur 5 est renvoyée à Auschwitz pour être gazée ou à Bergen-Belsen.

La résistance des femmes

Les détenues politiques, parmi elles les Françaises, aussi périlleux cela fût-il et au prix d’actions individuelles ou collectives, ont poursuivi la résistance au nazisme dans les unités de production. Ralentir le rythme de la production, faire arrêter les machines pendant 30-40 minutes ou  en gripper une, en incluant une grosse poussière dans la phase de polissage d’une pièce d’artillerie par exemple, rendre un peu lâche une courroie de transmission ou la tendre te façon telle qu’elle va sauter, faire alterner avec astuce les bonnes pièces avec les mauvaises en bout de chaîne, tout cela exigeait la plus grande vigilance et impliquait beaucoup de solidarité entre détenues pour éviter le pire.

Il y eut aussi d’autres types d’actes de résistance dans la vie au camp, pour maintenir la dignité et l’humanité dans cet horrible univers concentrationnaire (organisation de soirées culturelles (le mémorable défile de chapeaux des Françaises à Hasag-Leipzig, fabrication de menus objets (jouets, broches en fil de détonateur, petit carnet en toile de paillasse, un journal mural quotidien punaisé avant le couvre-feu puis retiré) etc…, et puis ces gestes ultimes de solidarité et  d’entraide pour la survie dans un univers où la mort doit l’emporter sur la vie.

La résistance des femmes soviétiques : elles refusent de travailler, comme elles l’avaient fait à Ravensbrück, revendiquant leur statut de prisonnières de guerre et exigeant d’être traitées comme telles. Elles ont la plupart du temps été très sévèrement réprimées (appels supplémentaires pendant des heures, une jeune fille fut pendue, et envoyées dans les kommandos disciplinaires (IG Farben Wolfen, Meuselwitz, Gelsenkirchen (déblaiement de bombardements)

La fin de ces kommandos

A partir de fin mars – début avril 1945, les bombardements alliés s’intensifient et les mouvements alliés se rapprochent, prenant l’Allemagne en tenaille. Les kommandos sont évacués et les prisonnières jetées sur les routes de la mort. Elles seront libérées, selon,  par les troupes américaines ou soviétiques.